CHAPITRE IX
Les « scriptoria » bourguignons
L’église de Lyon avait déjà un scriptorium réputé avant l’époque carolingienne h C’est vraisemblablement auprès de l’église-mère qu’ont été exécutés la plupart des manuscrits des VIe, VIIe siècles ou du commencement du VIIIe qu’elle possédait au IXe siècle 1 2. Les études et par conséquent le souci d’exécuter des manuscrits nouveaux ont sans doute périclité dans la première moitié du VIIIe siècle, mais ils prennent certainement un nouvel essor dans le dernier quart de ce siècle et surtout au IXe.
L’archevêque Leidrade écrit à Charlemagne qu’il a travaillé autant qu’il l’a pu à faire écrire des livres dans son église 3. Nous savons que Faustin, qui acheva pour Louis le Pieux, en 8it4, dans le palais de Chasseneuil le manuscrit de la Genèse, en avait commencé l’éxécution à Lyon auprès de
1. Cf. Tafel, The Lyons Scriptorium, dans la Palaeographia latina de Lindsay, t. IV, p. 40 et suiv.et Lowe, Codices Lugdun. antiquiss., Préf., p. 9 et suiv.
2. M. Lowe (p. 1 1) a établi (cf. plus haut, p. 94, n. 2) trois critères qui, à son sentiment, permettent d’attribuer un ms. à un scriptorium. Passant à l’application, il estime i° que les 22 mss. lyonnais antérieurs au VIIIe s. qu’il a décrits, à part le saint Augustin sur papyrus (B. N. lat. 11.641) provenant de Luxeuil et l’Ancien Testament (n. a. lat. 1740) sorti de l’atelier de Corbie, et qui a pu appartenir à l’église d’Autun avant de parvenir à Lyon (p. 48), répondent à son premier principe (ancien ms. dans un centre plus ancien encore)et peuvent être attribués à l’atelier de Lyon; 20 que le ms. d’Eucher, auteur lyonnais (B. N., lat. 9550) et les cinq mss. qui traitent de droit civil et canonique (B. N. lat. 9643, Berlin 83 et 159, Munich 22.501, Cologne .21 2), Lyon étant siège d’une école de droit réputée (?), doivent sortir du scriptorium de Lyon ; 3° que les traits communs qu’on retrouve dans tous ces mss. les assignent à un même centre qui ne peut être que Lyon. Réserve faite sur les deux premiers principes qui sont d’application purement conjecturale, l’étude attentive des traits paléographiques qu’a faite M. Lowe permet bien de conclure que ces mss. sortent d’un même centre, qui paraît être Lyon. Les annotations et signes critiques du IXe siècle prouvent seulement que ces mss. étaient à cette époque rassemblés dans la collection lyonnaise.
3. Epis/, var. 30 : « In libris quoque conscribendis in eadem ecclesia in quantum potui elaboravi » ( Epis/ . Karol. aevi, II, 543).