ÉCRITURES ARCHAÏQUES
contre l'art créé par Alcuin et ses successeurs, d’une revivance des traits mérovingiens et des formes cursives 1.
Ce retour aux écritures archaïques est sensible encore au Xe et au commencement du XIe siècle, bien que le petit nombre de manuscrits sortis à cette époque des scriptoria tourangeaux qui sont conservés, limite le champ des recherches 2. Toutefois, un certain nombre de manuscrits, en dépit des traits cursifs qu’ils renferment, rappellent encore la belle technique propre à l’école tourangelle 3. Dès le milieu du XIe siècle, au reste, se font sentir dans les scriptoria de Touraine les approches de la renaissance calligraphique et ornementale qui s’épanouit au XIIe siècle 4.
§ 8. — L’enluminure tourangelle Manuscrits peints et manuscrits non décorés.
Parmi les manuscrits qui portent les caractères paléographiques de l’école tourangelle, les manuscrits non décorés, au moins ceux qui subsistent, sont les moins nombreux 5 ; la plupart des œuvres conservées sont des manuscrits de luxe soigneusement enluminés. Il est rare, en particulier, que les textes des Saintes Écritures et les livres liturgiques sortis de l’atelier de Saint-Martin ne soient pas illustrés. Toutefois, un manuscrit peut être un livre de luxe, même s’il n’est pas orné de peintures. C’est le cas des Évangiles en onciale d’or, exécutés semble-t-il à Tours dans le premier quart du IXe siècle, peut-être par un scribe insulaire et sur lesquels plus tard les rois de France prêtaient serment à titre de chanoines de Saint- Martin 6.
Un certain nombre d’exemplaires tourangeaux de la Bible ou des Évangiles ont été exécutés sans recevoir aucune sorte de décoration. C’est le cas d’Évangiles qui paraissent
1. Ranci, p. 6g. Parmi les 25 mss., n° 150-175 qu’il énumère dans le groupe de la fin du IXe siècle, M. Rand en signale huit qui appartiennent, en tout ou en partie, au style parfait décadent, les autres représentent la « revived cursive ».