LES LIVRES N’ONT JAMAIS MANQUÉ COMPLÈTEMENT
Gall, de l’activité du scribe Winithar, au VIIIe siècle1, les nombreux manuscrits conservés de ce temps et du début du IXe siècle affaiblissent singulièrement le témoignage de Ratpert sur la pénurie de livres dont aurait souffert Saint-Gall jusqu’aux environs de 825.
La production législative, canonique, historique, propre à l’ancienne Gaule des VIe et VIIe siècles, si maigre qu’elle soit et qui n’a sans doute pas survécu tout entière, aurait complètement disparu, si des manuscrits de cet âge n’avaient pas figuré encore/au début du VIIIe siècle, dans les églises et monastères. Il n’en subsiste qu’un petit nombre d’âge mérovingien 2 et la plupart de ceux qui nous ont conservé les lois barbares, les canons gallicans, les formules, les vies de saints écrites à l’époque franque, l’œuvre de Grégoire 'de Tours et de Frédégaire, ont été exécutés à l’époque carolingienne ou plus tard encore. Mais copie n’a pu en être prise alors que sur des exemplaires anciens que gardait l’une ou l’autre des bibliothèques ecclésiastiques et monastiques du pays. Ces œuvres n’avaient pas pénétré par delà les Alpes, les Pyrénées ou la Manche, dans des pays où elles étaient sans intérêt et d’où elles n’ont pu revenir dans les pays francs, lors de la renaissance carolingienne.
Le temps où se produit ce renouveau n’apparaît pas comme un point de départ tranché dans la production des scriptoria ecclésiastiques et monastiques. Ceux qui ont été les plus actifs au IXe siècle, produisaient déjà des livres dans la seconde moitié du VIIIe et aussi, quoique à un rythme moins rapide, dans la première moitié du siècle. La tradition remonte au VIIe siècle et même au delà ; dans un certain nombre d’églises et de monastères, à Lyon, Corbie, Fleury, Saint-Martin de Tours, on voit clairement qu’il n’y a pas de coupure entre l’époque mérovingienne et l’âge carolingien. Le mouvement ralenti aux VIe et VIIe siècle reprend plus grande activité au cours du VIIIe siècle, pour s’accélérer au IXe.