‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 37 sur 1207 · Hrabani epist., 7, Epist. Karol. aevi, III · texte numérisé non relu

Hrabani epist., 7, Epist. Karol. aevi, III

PÉNURIE DE LIVRES AU VIIIe SIÈCLE

dissipata), les livres que possédaient précédemment les églises et les monastères ont été délaissés, dispersés et que nombre d’entre eux ont péri. Hincmar raconte qu’au temps de Charles Martel, les religieux de Saint-Denis, obligés de gagner leur vie, enfermaient leur argent dans les chartes et feuillets des livres. Un magnifique manuscrit antique (librum maximae quantitatis, manu antiquaria scriptum) renfermant la vie de saint Remi, aurait été en partie rongé par l’humidité et les vers et en partie découpé l. L'archevêque rapporte une histoire assez semblable au sujet d’une vie de saint Sanctinus, dont les cahiers étaient rompus et l’écriture presque effacée (quaterniunculos valde contritos et quae in eis scripta fuerant pene deleta), manuscrit trouvé dans la besace d’un pèlerin, et que, jeune moine de Saint-Denis, il aurait été chargé de déchiffrer et de transcrire 2. Si suspects que soient ces récits, ils n’ont été produits que parce qu’ils pouvaient paraître vraisemblables.

En dépit de doléances qui ne devront pas être entendues en toute rigueur, les églises et monastères, vers le milieu du VIIIe siècle, ne sont pas complètement dépourvus de livres. Quelle que fût l’anarchie qui régnait dans l’Église comme dans l’État, la vie religieuse et l’exercice du culte n’ont pas été interrompus dans les grandes églises et dans la plupart des anciens monastères. Les clercs et les moines qui exerçaient les fonctions liturgiques, disposaient nécessairement des livres indispensables à la célébration de l’office divin, Sacramentaires, Évangéliaires, Lectionnalres, Psautiers, Homéliaires. Fréculphe, qui ne possède même pas les livres canoniques de la Bible, trouvait certainement dans son église au moins ceux qui servaient à l’accomplissement des rites sacrés et il ne parle pas de ceux-là. Alcuin n’a pas rencontré sans doute, à Tours, en plein cœur de la Gaule franque, les ressources en livres qu’offraient, en son temps, les monastères anglo-saxons et cette bibliothèque d’York dont l’un de ses poèmes renferme le catalogue sommaire 3 ; mais le monastère de Saint-Martin n’était pas complètement dépourvu de livres, comme on le verra plus loin 4. Ce que nous savons aussi des plus anciens manuscrits de la bibliothèque de Saint-

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