REMPLOI DE PARCHEMIN
Saint-Gall 1 et de Reithenau 2 en ont possédé un certain nombre, mais moins que les églises italiennes, notamment Vérone et Bobbio 3.
Les scribes des ateliers ecclésiastiques, qui ont fait gratter d’anciens manuscrits n’avaient aucunement l’intention de faire disparaître des restes et des témoins de l’antiquité païenne. Ils ont sacrifié aussi souvent des textes sacrés que des textes profanes. Les versions anciennes de l’Écriture sainte et les livres liturgiques hors d’usage n’étaient pas plus respectés que les manuscrits vétustes d’œuvres littéraires ou scientifiques. Les catalogues notent souvent que des livres sont vieillis, en mauvais état, mutilés, inutiles ; ceux-là, quel que fût le texte qu’ils renfermaient, fournissaient, dans les parties restées bonnes, des feuillets propres à recevoir une écriture nouvelle 4.
Le plus souvent sans doute, les prélats ou les officiers de l’établissement procurent à l’atelier le parchemin nécessaire au travail des scribes. A Fulda, sous l’abbé Marcward, le « codex Eberhardi » a été exécuté, grâce au soin, pris par le cellerier du monastère, de fournir la membrane (Dutone cellerario membranam subministrante) 5. A Saint-Gall, Wini-
rîes fragments du Ve s. de la version hiéronym. de Job et des Juges. Suivant Traube ( Vorles ., I, 258), ces fragments bibliques et le ms. Vatic. lat. 5763 proviendraient de Bobbio. Dans le ms. 4160, Wiss. 76, le De vita contemplativa recouvre en partie des fragments d’un Lectionnaire en onciale du Ve s. Cf. Châtelain, 90-2, p. 32-3.
1. Stiftsb., mss. 193-4, (textes des Prophètes sous les Homélies de saint Césairi du VIIIe s.) ; 213 (« Institutiones » de Lactance sous les Dialogues de s. Grégoire) : 908 (glossaires récrits au VIIIe s. sur des feuillets tirés ce 9 mss. du Ve ou VIe s. ; cl. Scherrer, p. 327-8) ; 912 (glossaires récrits au VIIIe s. sur des feuillets provenant de 4 mss. du V et VIe s. ; 567 en partie palimpseste (Lôffler, p. 40) ; 722 (Novelles de Justinien IXe s. écrites après lavage d’un Comment, de s. Hilaire du Ve s.) ; cf.. Châtelain, 54-69, p. 25-8.
2. Hôlder, ms. 1 12 (fragment de psautier gallican en onciale sous des traités de grammaire) ; 253 (Missel gallican, récrit à la fin du VIIe s. sur feuillets de 3 mss. du VI et VIIe s. ; ce ms. de main franque aurait été apporté par Pirminius à Reichenau, Hôlder, p. 569). Un ms. conservé à Saint- Paul de Carinthie (XXV d 67) renferme le Commentaire de saint Jérôme sur l’Ecclésiaste, en cursive du VIIIe siècle, au-dessus d’une portion de l’Histoire naturelle de Pline, en onciale du Ve s. Il porte l’inscription « liber Augiae majoris » et fut sans doute apporté de Vérone par l’évêque Egino, qui se retira à Reichenau, en 796 (cf. Châtelain, Paléogr. class., II, 13, PI. CXXXVI). Ce n’est probablement pas à Reichenau que le ms. a été récrit.
3. Châtelain, en dressant la liste des palimpsestes qui restituent des textes de classiques latins ( Les palimpsestes latins dans Ann. de l’Ec. H. Etudes, 1904), signaleen particulier tous ceux qui proviennent de Vérone et Bobbio.
4. Cf. Traube- Lehmann, Zur Palaeogr., p. 100-1 : « Man kann also nicht den Vorwurf der Intoleranz zu heben sondern muss einfachere Verhâltnisse erdenken : die Handschriften waren schadhaft geworden, hatten an Interesse verloren, waren in jüngeren lesbaren Handschriften abgeschrieben worden ». Châtelain observe (p. 41) qu’on n’a jamais retrouvé dans les palimpsestes un ouvrage entier, qu’on utilisait toujours des cahiers détachés ou des feuillets isolés de mss. incomplets ou usés.