DES SCRIBES
La maîtrise acquise dans l’art de la calligraphie permet au scribe, surtout si son travail a pour objet l’exécution des livres sacrés, de pratiquer le plus noble et le plus méritoire des labeurs. Alcuin l’oppose à celui du vigneron : « Écrire des livres, c’est mieux que défoncer le sol d’un plant de vignes ; l’un des travailleurs est au service de son ventre, l’autre au service de son âme » 1. L’exécution d’un livre est une bonne œuvre, car elle permettra à ceux qui sont consacrés au service de Dieu de s’édifier en le lisant. Le diacre Hildigrimus du monastère de Werden se félicite d’avoir écrit ces feuillets à l’usage des moines, pauvres du Christ, pour servir à jamais d’exemple aux bons 2. L’écrivain estime avoir droit aux prières de ceux qui, en lisant, profitent de son travail et parfois, il les réclame, en déposant la plume 3.
Le scribe et le décorateur d’un livre le dédient souvent au saint, patron de l’église, à laquelle appartient l’atelier. Dans un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés, du Xe ou XIe siècle, un moine est figuré à genoux devant le saint ; la légende, écrite au-dessous, rapporte qu’Heldricus a dédié
x. Aie. carm., 94 : « Est opus egregium sacros jam scribere libros Nec mercede sua scriptor et ipse caret.
I'odere quam vites mejius est scribere libros,
Ille suo ventri serviet, iste animas. » ( Poelae lat., I, 320).