DISTRIBUTION DU TRAVAIL, EXÉCUTION SIMULTANÉE
Elle est dirigée par le chef de l’atelier, qui souvent partage d’avance le travail entre les scribes désignés à cet effet. Le manuscrit à reproduire est en ce cas divisé en plusieurs cahiers. Chacun d’eux ou plusieurs d’entre eux sont remis à un scribe en même temps qu’un ou plusieurs cahiers de parchemin vierge ; le travail est fait alors simultanément, chaque scribe ayant consigne de reproduire le modèle en un même nombre de pages, afin que concordance soit établie, autant qu’il est possible, entre les cahiers exécutés séparément 1.
Aussi, en fin de cahier, on trouve souvent, soit un espace blanc, soit un texte à dessein desserré ou resserré et avec un nombre moindre ou plus grand d’abréviations, suivant que le scribe a terminé sa tâche en un espace inférieur ou supérieur aux prévisions 2. Pour l’établissement d’une parfaite concordance, un manuscrit en vers offre plus de facilité ; mais le même résultat est obtenu dans la reproduction d’un texte en prose, si le scribe s’astreint à transcrire page par page et ligne par ligne, sur des feuillets de parchemin de même dimension que le modèle. Cette consigne a dû être donnée parfois par le chef d’atelier. C’est dans ce dessein, sans doute, qu’il numérote quelquefois les feuilles blanches, afin que le scribe s’en tienne exactement à la reproduction feuillet par feuillet 3.
Dans cette distribution du travail, la part de chacun est souvent fort inégale. A une Bible de Tours une douzaine de scribes ont mis la main ; l’un d’eux a exécuté huit cahiers sur vingt-deux 4.
La méthode d’une distribution, faite à l’avance, et d’un travail, simultanément poursuivi par tous les tâcherons, n’est pas toujours suivie. Parfois, les scribes viennent, à tour de rôle, prendre la plume et continuer l’œuvre, commencée par un ou plusieurs autres. C’est le cas, quand le changement de mains s’opère au cours d’une page, ou à toute autre place qu’à la fin d’un cahier. Le scribe principal qui a exécuté la plus grande partie de l’Antiphonaire du Mont-Blandin à
du VIIIe siècle de Priscien a été écrit par quatre ou cinq scribes, dont les noms sont indiqués en caractères runiques (Scherrer, p. 319). A Reich nau, le ms. 18, du IXe s., a été écrit par plusieurs mains (Hôlder, t. II, p. 659) ; le ms. 222 (fin VIIIe) est aussi de plusieurs mains (t. I, p. 509).