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CHAPITRE XXII

Les techniques d’exécution, les écoles et les styles

§ i. — La calligraphie

La technique du travail qui s’effectue dans les scriptoria est de deux ordres ; technique de l’écriture, technique de l’ornementation du livre. Elles ont pris quelquefois un développement parallèle et simultané ; souvent aussi, il se poursuit inégalement et dans des temps divers. D’une manière générale, l’essor artistique est plus tardif que le progrès graphique. Ce dernier tend à se stabiliser et la technique perfectionnée de l’écriture demeure, tandis que l’activité des artistes peintres dans un même atelier, après une courte époque brillante, décroît et s’arrête. La calligraphie a un domaine plus étendu que l’enluminure ; elle s’est uniformisée, tandis que l’art a gardé toujours un caractère local. Dans les deux directions qu’a pris l’effort des artistes du livre du VIIIe au XIIe siècle, on peut distinguer des centres, des foyers, des écoles, des styles qui, quelquefois, sont restés isolés, plus souvent, ont agi les uns sur les autres, dans une mesure toujours inégale. Nous chercherons à en déterminer, autant qu’il est possible à l’heure présente, l’origine, la patrie, les caractères et l’expansion.

A l’époque carolingienne, on a cessé depuis longtemps dans l'ancienne Gaule, de produire des livres écrits d'un bout à l’autre en capitale, comme les beaux manuscrits antiques. Au VIIIe siècle, un certain nombre de livres sont encore entièrement écrits en onciale 1 et en semi-onciale. Au IXe siècle, on n’exécute plus de manuscrits exclusivement en onciale ; comme la capitale, elle n’apparaît plus que dans les titres ;

x. Voir Châtelain, Uncialis scriplura ; Traube, Zur Palaeagr. Uncialts, dans les Vorles, t. I ; pour l'atelier de Corbie, les mss. rites par M° Dobiash, Hist. atelier Cnrbie, p. 53 et nos I-VIII, p. 110-22. Vraisemblablement, la « romana scriptura » que signalent plusieurs Catalogues de livres. (N. -Darne de Paris. Cf. dom de Bruyne, R. Bénéd. 1212, p. 483 ; S. Père de Chartres, art. 26-7, 20, Merlet, U. Ec. Char!,: s, 1844, p. 266-7)' doit s’entendre de l’otv iale.

ÉCRITURES CURSIVES DU VIIe SIÈCLE

la semi-onciale n’est employée que dans quelques parties du texte courant d’un certain nombre de manuscrits. C’est en minuscule qu’écrivent d’ordinaire les scribes, depuis la fin du VIÏe siècle.

Au point de vue graphique, le trait le plus caractéristique des manuscrits de la fin de l’époque mérovingienne, c’est l’envahissement qu’ils subissent de l’écriture cursive, réservée jusqu’alors aux lettres et aux diplômes et qui d’ailleurs se régularise, en pénétrant dans ce nouveau domaine. Les écritures cursives mérovingiennes sont représentées par le type de Luxeuil, et par celui de Corbie L ■ Au VIIe siècle, apparaît l’écriture « allongée, ondulée et pointue »1 2 dite de Luxeuil, dont un exemplaire d’origine certaine est fournie par le Lectionnaire exécuté dans ce monastère 3. Transportée sans doute à Corbie, dont le premier abbé est venu de Luxeuil, cette écriture a été pratiquée dans le nouveau monastère, vraisemblablement d’abord par des scribes luxoviens, qui ont fait l’éducation des scribes corbéiens 4. En fait, l’ancienne bibliothèque de Corbie renfermait des manuscrits en écriture dite de Luxeuil qui subsistent encore 5.

Une autre écriture certainement familière aux scribes de Corbie est une cursive très chargée de ligatures, aux courbes entrelacées, originale et sauvage, voisine de l’écriture des diplômes mérovingiens, quoique plus régulière. Le Grégoire de Tours de Corbie de la fin du VIIe ou des toutes premières années du VIIIe siècle en offre un spécimen très caractéristique 6.

L’écriture du VIIe siècle souvent dite a z, en raison de la lettre a constituée par deux angles parallèles et de la lettre z de forme bizarre, est dite aussi écriture de Laon, parce que deux au moins du petit nombre de manuscrits où on la

1. Traube, EinleUung in die latein. Phil., dans Vorles., II, p. 24.

2. Ce sont les expressions de M. Lauer, La réforme carol. de l'écrit., p. 427.

3. B. N., lat. 9427. Cf. Delisle. Not. sur ms. de Luxeuil, dans Not. et Extr., XXXI. Le " Ragyndrudis codex» de Fulda (Bonif. 2) est aussi du type de Luxeuil (Lindsav, Collect., Palaeogr. lat., II, 37), ainsi que les« Moralia in Job » de saint Grégoire, dont les fragments sont actuellement très dispersés (Londres, Brit. Mus. Addit. 11878 et 41.567 I ; Paris, B. N., lat. 2243, f° 1 et 2 et 2388, f° 1 et 2 ; Cheltenham Phillips 36.184 ; cf. Ruth. J. Dean, Nouv. liste de membra disjecta dans R. Bénéd., 1935, p. 307 ) ; les Sermons de saint Augustin de 669 (Brit. Mus., Addit. 29972, fos 26-36. Cf. Not. et Extr. XXXI, 1™ P. 1886 et B. Ec. chartes, XLVI, 1885).

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