‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 6 sur 1207 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ce qui fait le prix des livres

Pourquoi les livres font-ils partie du trésor de l’église et d’où vient le prix qui les y fait ranger ?

Un certain nombre au moins d’entre eux ont reçu des ornements, une parure qui leur donne nécessairement place parmi les objets précieux du trésor. C’est en particulier le cas d’un très grand nombre de livres d’usage liturgique. Comme les autres pièces du mobilier ecclésiastique, ils ont reçu cette décoration en raison de leur affectation au culte divin. Honneur est rendu souvent aussi par là aux Saintes Écritures dont tous les établissements ecclésiastiques possèdent un ou plusieurs exemplaires. La Bible, les quatre Évangiles, qui ne servent pas directement au ministère sacré sont entourés du même respect et traités comme les livres ,dont il est fait emploi au chœur et à l’autel. La vie du saint patron de l’égiise est souvent traitée semblablement. Une riche ornementation est donnée aussi, mais plus rarement, à des ouvrages doctrinaux ou même d’objet tout profane. Mais cette décoration n’est pas indispensable à l’estime qu’on fait des livres ; elle traduit plutôt, en même temps qu’elle accroît la valeur qui leur est reconnue déjà.

§ i. — Les reliures précieuses.

Cette parure peut consister d’abord, au moins pour les Bibles, Évangiles, Psautiers, Sacramentaires et autres livres liturgiques, dans le vêtement somptueux de la reliure. Celle-ci, faite de plaques d’or, d’argent, d’ivoire sculptées, avec application de perles ou pierres précieuses, appartient à l’orfèvrerie religieuse et figure au trésor des églises au même titre que les autres pièces montées et ciselées par leurs « fabri ».

Un nombre important des plats de rehure dont furent recouverts à cette époque les livres du trésor des églises subsistent, soit qu’ils encadrent encore les manuscrits pour les-

RELIURES CONSERVÉES DU IXe SIÈCLE

quels ils ont été exécutés, soit à l’état de pièces détachées. Le Psautier de Charles le Chauve conserve son vêtement original, confectionne comme le manuscrit lui-même entre 842 et 869, formé de plats d’ivoire sculpté enchâssés dans une monture d’argent doré semé de pierreries C Au Sacramentaire de Drogon restent attachées les deux plaques d’ivoire divisées chacune en neuf compartiments où ont été sculptées, au IXe siècle, diverses scènes religieuses1 2. L’Évangéliaire de saint Lébuin, exécuté au IXe siècle dans le Nord de la France, garde sa reliure, probablement contemporaine, ornée de quatre plaques d ivoire et de pierres précieuses qu’encadre une monture d’orfèvrerie 3. Du codex aureus des Évangiles de Lorsch subsistent les deux tables d’ivoire qui en formaient dès le IXe siècle la couverture 4. On conserve un certain nombre d’autres plaques d’ivoire du IXe siècle qui ont servi vraisemblablement à relier des manuscrits contemporains 5.

Au Xe siècle ou aux dernières années du IXe appartiennent les précieuses reliures des Évangiles de saint Gozlin de Toul 6, de l’Évangéliaire dit de Charlemagne provenant du trésor de Saint-Maurice d’Agaune 7, des Évangiles de Metz 8,

1. B. N. lat. 1152 ; cf. Cahier et Martin, Mélanges d’archéol., I, 27 et PL X et XI,; Em. Molinier, Hist. des arts appliqués à l'industrie , t. I, Les ivoires, p. 123 ; t. IV, L’orfèvrerie, p. 87.

2. B. N. lat. 9428 ; cf. Delisle, Cab. des tnss, III, 263. Les plats de reliure sont ornés chacun d’un cadre d’argent dans lequel sont disposés neuf petits carrés d’ivoire sculpté. La reliure a été restaurée au XVIIIe siècle ( loc . cit.). Voir aussi Delisle, Ane. Sacram., 102 ; Labarte, Hist. arts ind., I, 221 ; Pfister, L’arch. Drogon, dans Mélanges P. Fabre, 142.

3. Musée archiépisc. d’Utrecht,' 1 ; cf. Byvanck, Les princ. mss à peintures des Pays Bas, p. 110.

4. La plaque d’ivoire de devant se trouve à Londres au Musée Victoria et Albert la plaque arrière au Musée chrétien du Vatican, tandis qu’une moitié dh ms (Mathieu et Marc) est conservée au Bathynaeum de Karlsburg, l’autre moitié (Luc et Jean) à la B. Vaticane, Pal. 50. Restauration fut faite de la reliure sans doute sous l’abbé Salmann 972-98 (très libros ex ebore et argento mirifice vetustari fecit), probablement à Reichenau. Cf. Marg. Longhurst and Ch. More y, The covers of the Lorsch Gospels, dans Spéculum, 1928, p. 64-73, 1929, P- 411 et suiv. et PI. II.

5. Cf. Goldschmidt, Die Elfenbeinskulpt. ; Em. Molinier, Les ivoires ; Kôhler, Die Denkm. Karol. Kunst in Belgien, 3 et 4.

6. Trésor cathèdr. Nancy ; cf. Digot, Notice sur V Évangél., le calice et la patène de s. Gozlin,. Bull, monum., XII, 1846, p. 5r3 ; Auguin, Monogr. de la cathédr. de Nancy, Pl. ; Em. Molinier, t. IV, L’ orfèvrerie, p. 106. Le plat supérieur, plaques d’or et d’argent avec bordures d’or frisées, est seul du Xe siècle ; le plat inférieur est une œuvre plus grossière du XIe siècle.

7. Trésor de la cathédr. de Sion. Cf. Ed. Aubert, Le trésor de S. Maurice d’Agaune ; Em. Molinier, t, IV, p. 105. Au centre, Christ de majesté en or repoussé.

8. B. N. lat. 9383 ; cf. Em. Molinier, t. IV, p. 104-5 ; et t. I, p. 138. Une plaque

d’ivoire conservée au musée de Metz provient aussi de la couverture d’un Évangéliaire (Molinier, I, p. 136). % ■>*

RELIURES CONSERVÉES DU Xe SIÈCLE

de ceux de Saint-Lupicin 1 et de Saulieu a, des Évangiles du trésor de la cathédrale de Noyon provenant du monastère de Morienval, avec plaque centrale et bordure d’ivoire décorée d’entrelacs 3, de ceux de Gannat, avec plaque d’ivoire sculptée représentant la Crucifixion, dans une bordure d’argent 4, des Évangiles de Notker de Liège 5, des Évangiles d’Otton 6, des Évangiles d’Echternach 7 et de Saint-Emmeran 8, des Évangiles Ashburnham, 9, de l’« Evangelium longum » et de l’Antiphonaire romain de Saint-Gall l0, des Évangiles de saint Ansfrid 11 et du Sacramentaire du trésor de Monza 12. La reliure d’un psautier exécuté vraisem-

1. B. N. lat. 9384. Cette couverture formée de cinq plaquettes byzantines du VIe siècle d’ivoire sculpté a été publiée par Lenormant, Trésor de numismat. et de glyptique, II, PL IX-XII, cf. Em. Molinier, t. I, p. 73 ; description en est faite par H. Bordier dans le Cat. des mss. relatifs à la Franche Comté des B. de Paris , d’Ulysse Robert, 284-96.

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