DES LIVRES
Le travail des scribes dont le siège en chaque église et monastère est établi au scriptorium n’a pas pour unique objet la confection de livres.
En chaque établissement, le scriptorium fait office de secrétariat et c’est peut-être à ce titre seulement qu’on peut dire que toute église dispose d’un bureau d’écriture. Il n’y a pas partout sans doute d’équipe de scribes capable d’exécuter des livres ; mais toutes les églises épiscopales et monastiques, petites et grandes, riches ou pauvres et quel que soit le nombre de leurs clercs, moines et serviteurs, disposent d’un bureau pour la rédaction des chartes, lettres et toutes pièces écrites qui intéressent l’établissement.
Au scriptorium d’une église sont rédigés d’ordinaire les chartes qui constituent ses titres de propriété. Tandis que les préceptes royaux qu’elle obtient sont écrits par le personnel de la chancellerie royale soit dans l’un des palais royaux, soit dans la cité, le monastère, la localité quelconque où le souverain prend gîte, le clergé et les moines doivent le plus souvent se charger de la rédaction des actes de donation, d’échange, d’achat, de précaire et d’accensement, au sujet desquels des particuliers ou d’autres églises se sont mis d’accord avec eux. La rédaction en pouvait être faite soit dans le cloître, Y atrium, ou le scriptorium, soit au dehors, mais toujours on appelait pour l’en charger un scribe de l’établissement. Le chroniqueur de Saint-Pierre le Vif rapportant une donation faite aux moines fait dire au bienfaiteur : « Faites venir un rédacteur et notaire, afin qu’il écrive pour vous une charte1)'. Goisbert dicte les
i. Clarius, Chron. : arcessitoque dictatore et notario cartam vobis scribere
fariatis » (Spicil., II, 772).