OUVRAGES EMPRUNTÉS POUR ÊTRE TRANSCRITS
s’attache à enrichir sa bibliothèque grâce aux copies faites dans son scriptorium d’ouvrages qu’il ne possédait pas et dont il a pu obtenir le prêt, soit d’une église, soit d'un particulier. C’est sans doute à cette intention que des bibliothécaires soigneux se renseignaient sur les livres qu’on trouvait ailleurs. A Fulda, on s’était procuré le catalogue (brevis) de la bibliothèque d’Einhard, qui libéralement prêtait ses livres en vue d’une transcription l. Le rédacteur du catalogue des livres de Murbach, qui note l’absence tant regrettée en sa collection de certains ouvrages réputés 2, cherchait vraisemblablement qui pourrait les lui prêter.
La faculté de transcrire un manuscrit est tenue pour si précieuse, que parfois, pour l’obtenir, on consent en retour au propriétaire le don d’un autre volume. Un manuscrit du IXe siècle de Quinte Curce a été donné par le moine Haimus à l’illustrissime comte Conrad, afin qu’il consente à lui prêter, en vue d’une transcription, YExpositio de Raban sur l’Ecclésiastique 3.
De l’emprunt fait d’une église à l’autre pour la transcription d’un ouvrage, les manuscrits qui subsistent rendent parfois eux-mêmes témoignage. Des manuscrits d’un même ouvrage exécutés à des dates différentes et ayant appartenu à divers propriétaires domiciliés quelquefois fort loin les uns des autres, présentent une similitude telle que leur parenté est une conclusion qui s’impose. Cette filiation s’explique, dans bien des cas, par l’emprunt fait du plus ancien, en vue d'une transcription, par le propriétaire du manuscrit dérivé de cet archétype. C’est ainsi que le Tite-Live qui fut exécuté à Saint- Martin par toute une équipe de moines appartenant à cette communauté, a été copié vers la fin du VIIIe siècle sur le manuscrit en capitale du Ve que possédaient les moines de Corbie. Comme il n’est pas vraisemblable que sept moines de Saint-Martin soient allés travailler à Corbie, c’est le manuscrit corbéien qui a fait le voyage jusqu’à Tours 4. Tous les manuscrits transcrits du IXe au XIe siècle d’Avianus, Vitruve, Ammien, Tatien dérivent des exemplaires en capitale ou onciale que possédait le monastère de Fulda 5. Ces copies ont