LIVRES EXÉCUTÉS POUR LE PRÉLAT, LES MEMBRES DE LA COMMUNAUTÉ
les avaient exécutés 1. Ceux qui formaient la bibliothèque personnelle de l’abbé Erlebald, dont la liste est conservée 2, ont été vraisemblablement écrits, pour la plupart au moins, jau même scriptorium. De même sans doute, les livres que 'abbé de^ Saint-Gall, Grimald possédait en propre, avaient été exécutés dans l’atelier de ce monastère. Quant aux livres qui appartenaient en propre à Hartmut, lui-même les a écrits allègrement, pour son propre usage, au scriptorium, qu’il dirigeait 3.
Des prêtres et moines de l’établissement écrivent aussi ou font écrire des livres au scriptorium pour leur propre usage. Parmi les livres que signale l’un des catalogues des livres de Reichenau, figurent un Missel que le prêtre Otfrid a fait écrire pour lui (sibi scribi fecit), deux Psautiers que le prêtre Noterim a fait exécuter pour lui, le Missel que le prêtre Ruadhelm a écrit pour lui-même (sibi conscripsit), celui enfin que le prêtre Wito avait commencé à écrire, qu’il a laissé à demi-exécuté, que Ruadhelm a terminé et qu’il a donné au monastère 4.
Mais, en général, ces livres exécutés au scriptorium pour le prélat ou les membres de la communauté sont donnés par la suite ou légués par leur propriétaire à la communauté et par conséquent on peut les considérer encore comme indirectement destinés à celle-ci. Le catalogue des livres de Saint- Amand signale de nombreux Psautiers qui portent les noms d’un ancien propriétaire et qui, à la date où le catalogue fut rédigé, étaient la propriété du monastère ; vraisemblablement, ils avaient été exécutés aussi soit par les religieux propriétaires, soit à leur demande, au scriptorium du monastère 5.
Les scribes d’une église travaillent souvent expressément pour le dehors. Les scriptoria réputés exécutent des ouvrages de luxe, Bibles, Évangiles, Psautiers, Livres d’heures enluminés, sur instruction du prélat qui les offrira en présent à un souverain, à l’un des membres de la famille royale, à un grand ou à un autre prélat ami. La plupart des chefs-d’œuvre de la calligraphie du IXe siècle ont été ainsi offerts à Charlemagne, à Louis le Pieux, à Lothaire, à Charles le Chauve. A défaut du don plus ou moins spontané qui leur en est fait, les rois