‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 628 sur 1207 · TRAVAUX EXECUTES POUR LE DEHORS · texte numérisé non relu

TRAVAUX EXECUTES POUR LE DEHORS

commandent à l’atelier en vogue les livres de luxe qu’ils souhaitent voir figurer dans leur chapelle. Parfois aussi, ils les ont fait exécuter à l’intention d’une église favorite. Tôt ou tard, les livres précieux qu’ils possèdent seront donnés ou légués par eux ou par leurs successeurs et héritiers à quelque église, presque toujours autre que celle où le manuscrit a été exécuté.

C’est parfois un simple particulier qui fait écrire un livre pour son usage propre. Un volume perdu portait, en écriture du IXe siècle, la souscription de Vulfericus qui, en sa jeunesse, a fait écrire ce livre pour lui et pour ses proches 1. Au Xe siècle, un moine de Tegernsee, Udalpert a écrit un Psautier qu’il a orné, comme il l’a pu, en faveur d’une dame Heilwih, à qui il a voulu rendre hommage*2. On conserve une liste dressée au XIe siècle, des livres qu’un certain Bernard a fait écrire à ses frais (proprio sumptu conscribi fecit) dans le scriptorium d’une église probablement d’outre-Rhin 3.

Le scriptorium, d’une église, quand il travaille pour le dehors, est surtout mis à contribution par les autres églises. Conformément aux ordres reçus du prélat ou avec sa permission, quelquefois peut-être spontanément, les scribes travaillent volontiers pour le compte d’une communauté amie. Guntbertus, à Saint-Bertin, a exécuté de sa main trois Antiphonaires ; il a réservé le plus beau à son propre 'monastère, l’un des deux autres a été attribué à Saint-Omer, le troisième à Saint-Winoc. Godéran, après avoir exécuté pour la communauté dont il est membre à Lobbes, une Bible richement décorée, s’est mis à l’œuvre en faveur de celle de Stavelot ; il a écrit et enluminé en outre pour elle un magnifique exemplaire des Antiquités judaïques de Josèphe 4.

Mais ce ne sont pas seulement les livres de caractère sacré et de grand luxe qui sortent du scriptorium d’une église au

1. B. Besançon, ms. 184 ; cf. dom Wilniart, Nouv. remarques sur le feuillet de Besançon, R. Bénéd., 1913, p. 127.

Page 1