ATELIERS EXPORTATEURS DE LIVRES
goire, qu’il a lues et corrigées ; il l’invite à chercher pour les autres un texte meilleur. Néanmoins, en raison des fautes que cette recension renferme encore et qu’il est préférable de ne pas mettre au jour, il lui conseille de ne pas la publier (ne passim... puplicentur) \ c’est-à-dire sans doute de n’en pas répandre de copies.
Certains ateliers ont tenu équivalement le rôle de maisons d’édition, en raison de la perfection de leur technique, tant dans l’art de la calligraphie que celui de l’enluminure. A des âges différents, les ateliers de Touraine, ceux de Saint -Amand, de Saint-Denis, de Saint-Gall, de Reichenau, d’Echternach, de Saint-Maximin de Trêves ont été les fournisseurs attitrés des princes et des autres églises 1 2. Le siège d’une école de manuscrits à peinture est nécessairement atelier producteur de livres de luxe similaires qui s’écoulent dans toutes les directions et que recueillent à l'envi d’autres églises moins favorisées.
Ces ateliers exportateurs de livres de luxe, ne produisent pas seulement des livres qui par leur nature sont à l’usage de tous, comme les Bibles, Évangiles, ouvrages profanes ou sacrés d’édification ou d’instruction. Quelquefois aussi, ils exécutent des livres liturgiques spécialement adaptés aux besoins propres de l’église qui en est destinataire. Parmi les Sacramentaires de luxe qui paraissent être sortis de l’atelier de Saint- Amand, il en est deux qui ont été originairement exécutés à l’usage l’un de l’église deNoyon, l’autre de l’église de Tournai3. Les scribes ont fait figurer à la fois les particularités liturgiques propres à Saint-Amand et à chacune de ces églises. Un tel soin n’a sans doute été pris qu’assez rarement. Le plus souvent l’atelier reproduit purement et simplement les modèles existant.
Les livres exécutés en double dans un scriptorium servent, au besoin, de monnaie d’échange à l’établissement pour l’acquisition de livres qu’il ne possède pas. Le moine de Tegernsee, Froumundus écrit, au Xe siècle, au moine d’un autre établissement, qu’il a copié deux fois de sa main le livre de Boëce que son correspondant souhaite acquérir . Il garde l’une de ces copies ; il a déposé l’autre à Augsbourg, ainsi qu’un livre renfermant l’œuvre de Juvénal et de Perse. Les deux volumes