‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 64 sur 1207 · SCRIBES ET MANUSCRITS IRLANDAIS · texte numérisé non relu

SCRIBES ET MANUSCRITS IRLANDAIS

A la vérité, la parenté des deux écritures irlandaise et anglo-saxonne laisse planer parfois l’incertitude sur l’une ou l’autre origine d'un manuscrit encore conservé aujourd’hui et où apparaît nettement l’empreinte insulaire. Mais dans la plupart des cas, il est possible de se prononcer en faveur de 1 une ou de l’autre et le nombre des manuscrits identifiés comme irlandais provenant de bibliothèques du continent est important. En outre, les catalogues anciens des bibliothèques de l’ancienne Gaule signalent un certain nombre de livres exécutés en scriptura scottica ou scriptura tunsa. D’ordinaire, les gens du continent donnaient à l’écriture irlandaise le nom de scriptura scottica. L’expression scriptura tunsa était employée plutôt par les Irlandais eux-mêmes1 2 et signifiait aussi l’écriture qui leur était familière 3.

C’est surtout au sujet des manuscrits d’écriture irlandaise ou renfermant des textes de langue irlandaise, qu’il y a lieu souvent de se demander s’ils ont été importés des régions insulaires, ou exécutés par des pèlerins dans les scriptoria du continent. Par ces deux voies, importation de livres et exécution de manuscrits par des Irlandais itinérants, l’influence irlandaise agit sur la formation des bibliothèques ecclésiastiques franques.

Elle se manifeste aussi par l’imitation que pratiquent les scribes continentaux, soit des formes ou des abréviations propres à l’écriture irlandaise, soit du style ornemental des manuscrits enluminés en Irlande. La présence de manuscrits irlandais empruntés ou conservés par les églises et monastères du continent, celle de scribes scots enseignant autour d’eux leur méthode de travail expliquent l'apparen- . tement de manuscrits certainement exécutés en Gaule à l’époque carolingienne avec ceux de l’Irlande.

Parmi les livres qui ont été envoyés, apportés ou copiés sur place par les Irlandais, figurent en particulier des Pénitentiels et des ouvrages de grammaire. Les Pénitentiels irlandais se sont répandus en très grand nombre en Gaule 4 ; la plupart sans doute sont des copies faites de manuscrits irlandais, par des scribes continentaux, mais ces copies ont

1. Cf. Gougaud, L’œuvre des Scoiti dans l’Europe continentale , R. hist. eccl., 190?.

2. Cf. Traube, Perrona Scattorum, dans les Varies., III, 116.

3. « Sunt et tunsae (litterae), quas Scotti in usu liabent » (Commentaire ano nyme conservé dans un ms. du Xe siècle .d’Einsiedeln, ms. 172, f° 138, cité par Traube, op. cit., p. ri 7).

4. J. Schmitz, Die Bussbiiclier und die Bussdisciplin der Kirche; P. Fournier et G .Le Bras, Hist. des Collections canon, en Occident. I, 84 et suiv.

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