MANUSCRITS IRLANDAIS DE PROVENANCE INDÉTERMINÉE
été exécutées d’après les livres que colportaient partout les moines scots et qu’ils ont laissés en grand nombre derrière eux.
Des maîtres irlandais ont professé dans maintes écoles carolingiennes 1, ont formé un grand nombre de disciples. Aussi de nombreux manuscrits de traités de grammaire ou bien sont de provenance irlandaise, ou bien ont été copiés sur des manuscrits irlandais 2. Nous ne savons si à Auxerre les manuscrits irlandais étaient en nombre à la disposition d’Héric ; mais il écrit que l’Hibernie tout entière a émigré sur le littoral des Gaules avec la foule de ses philosophes 3 ; lui-même avait entendu les leçons d’un maître irlandais.
On ne peut pas toujours déterminer de quelle église proviennent les manuscrits qui portent l’empreinte d’un travail irlandais ou influencé par l’Irlande. Nous ignorons quels furent les propriétaires d’un manuscrit en écriture irlandaise du VIIe ou VIIIe siècle renfermant une collection de canons et qui est l’œuvre d’un certain Sigibertus 4, ainsi que d’un manuscrit de Bède exécuté en écriture pointue hibernosaxonne du VIIIe siècle 5. D’un manuscrit des Épîtres et de l’Apocalypse de la fin du VIIIe siècle, nous savons seulement qu’il a été exécuté dans le Nord de la France; l’écnture n’a aucun des caractères de la scriptura scottica, mais la décoration s’inspire de modèles irlandais ; l’artiste a dû être formé en Irlande ou par un maître irlandais 6 7. Un manuscrit des Évangiles provenant d’une église inconnue est d’une fine écriture irlandaise de la fin du IXe ou du début du Xe 7. Une collection de traités théologiques a été écrite par un Irlandais ou un Anglo-saxon au IXe ou Xe siècle dans un monastère indéterminé du continent 8. Mais
1. Tels l’évêque irlandais Duncànt qui instruisit ses disciples au monastère de Saint-Denis (plus loin, p. 50). 11 a sans doute été le maître de Remi de Reims : Héric d’Auxerre a eu pour maître l’Irlandais Elias. A Laon, on rencontre Jean Erigéne, Martin, Aldhelme, à Soissons Marcus le Breton (cf. Traube, Vorles,. III, 155). I.e même rôle est tenu à Saint-Gall par l'évêque irlandais Marcus et son neveu Marcellus Moengal (et. plus loin, p. 307).
2. Voir plus loin, p. suiv. n. 6 et 7 ; p. 49, n. 2 et 5 ; p. 52, n. 2 et 3 ; p. 53, n. 1 et n ; p. 54, n. 4.
3. Vie de s. Germain, Préf. : <■ Quid Hiberniam memorcm, contempto pelagi discrimine, pene totam cum grege philosophorum ad littora nostra migrantem » (Poetae lat., III, 429).
4. B. cath. Cologne, ms. 213, Jaffé Watt., Eccl. Colon, codices mss., p. 95. Le ms. porte un ex libris de l’église de Cologne d’âge postérieur. Cologne n’est probablement pas sa première étape.
5. B. Leningrad, Q v. I, 18, cf. Dobiash, Un ms. de Bède à Leningrad, dans Spéculum, 1928, p. 314. Le mot « Britannia » est entouré d’entrelacs (p. 316).