‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 669 sur 1207 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Comment se forment et s’accroissent les bibliothèques ecclésiastiques et monastiques.

§ i. — Les étapes du développement

Dans l’histoire des bibliothèques ecclésiastiques et 'monastiques du VIIIe au XIIe siècle, on peut distinguer plusieurs périodes et étapes de développement. Au point de départ, le commencement du VIIIe siècle, les églises et monastères des Gaules possédaient au plus des débris de leurs anciennes collections, et il y avait partout pénurie de livres. Dans la deuxième moitié du siècle et plus sensiblement à partir de l’avènement de Charlemagne, le réveil des études se traduit, au moins à notre connaissance, dans quelques monastères pat l’acquisition ou l’exécution d’un certain nombre de livres. A Saint -Wandrille, les abbés Wando entre 747 et 754, Witlaic entre 754 et 787, Gervold entre 789 et 807 ? procurent à leur monastère au moins une centaine de volumes. Angilbert entre 790 et 814 n’a pas donné moins de deux cents livres au monastère de Saint-Riquier. A Saint-Martin, Alcuin, pour remédier à la disette relative des livres en fait venir de sa patrie. Dans le même temps à Saint-Gall, sous la direction de Winithar, à Corbie au temps des abbés Leutcharius, Maurdramne, Adalhard, à Saint-Martin de Tours, surtout sous l’impulsion d’Alcuin, mais déjà avant son arrivée, les scribes au travail produisent des livres b

Toutefois au cours de cette période, la croissance des bibliothèques est lente et rencontre de graves obstacles. Les livres sont toujours trop rares pour pouvoir être acquis en grand nombre. L’art de l’écriture, réputé difficile, la lente

1. Pour chacun des monastères et églises mentionnés ci-dessus et ci-après, se reportera l’étude faite précédemment de leurs scriptoria et dans les chapitres suivants de leur bibliothèque respective.

ACCROISSEMENT AU IXe SIÈCLE, ARRÊT AU Xe

exécution des copies, l’organisation en somme rudimentaire des scriptoria ne permettent qu’un développement peu rapide des collections. Les sources assez maigres où elles peuvent s’alimenter soit en Gaule, soit à l’étranger sont lointaines, disséminées ; aucune des collections qui subsistent aux pays insulaires, en Italie, en Espagne n’est ni facilement accessible, ni très abondante. Les voyages et transports comportent des lenteurs et des risques qui réduisent les apports que peut faire par prêt, échange, don, une bibliothèque favorisée aux collections moins riches. •

Ces conditions médiocrement favorables font encore échec par la suite à l’accroissement des bibliothèques ; mais sous Louis le Pieux et ses fils, la diffusion des livres s’accélère néanmoins, grâce à l’activité productrice d’un certain nombre d’ateliers, et par suite du développement que prend la culture et l’activité littéraire. C’est le temps où, sous Frédégise, Adalhard et Vivien, les scriptoria tourangeaux alimentent en livres le palais et une abondante clientèle d’églises. Les scriptoria de Fleury, de Saint-Germain des Près, de Saint- Denis, de Corbie, de Saint-Bertin sont en plein travail. A Saint- Amand, Lothaire exécute et fait écrire nombre de livres. A Saint-Gall, les abbés Gozbert (816-836), Grimald (841-872) et Hartmut (872-883), à Reichenau, les abbés Heito (806-822), Erlebald (823-838), Ruadhelm (838-842) et le moine scribe Réginbert forment des collections qui rejoignent la bibliothèque du monastère. Les catalogues dressés en 822 à Reichenau, en 831 à Saint-Riquier, vers 840 à Murbach, au milieu du IXe siècle à Saint-Gall font apparaître déjà d’importantes bibliothèques. A Lyon, Auxerre, Laon, Reims, Cambrai, Cologne, Constance, le scriptorium est actif et les dons des évêques contribuent largement à enrichir la bibliothèque de leur cathédrale. Le nombre très considérable de manuscrits du IXe siècle qui subsistent en provenance des églises et monastères des Gaules, suffit à attester l’accroissement qu’ont pris les bibliothèques à cette époque.

L’insécurité qui règne pendant le dernier quart du IXe siècle et au début du Xe, entraîne un arrêt et un recul dans le développement des collections de livres. Bien des cités et un grand nombre de monastères ont été brûlés par les Normands. Même quand ils ont pu être emportés dans les bagages des moines en fuite, leurs livres ont été souvent dispersés ou détruits.

Mais dans les régions épargnées par l’invasion et le pillage, les collections intactes se sont accrues et ailleurs elles se

ACCROISSEMENT DES COLLECTIONS AU Xl« SIÈCLE

reconstituent, comme à Saint-Riquier, à Saint-Vaast, à Moyenmoutier, à Saint-Bénigne. D’autres se créent au Xe siècle, comme celle de Cluny. Le nombre important de manuscrits du Xe siècle qui subsistent en provenance de Fleury, de Saint-Germain des Près et de Corbie montre que maintes bibliothèques se sont sensiblement enrichies à cette époque. Gerbert à Reims travaille à l’enrichissement de sa propre bibliothèque et de celle de l’église. Les monastères de Montiérender, de Reichenau, les églises d’Elne, du Puy, de Nevers recueillent d’abondantes collections.- Toutefois, l’activité de l’atelier d’où sortent les livres paraît être en général moindre dans la plupart des établissements et la croissance des collections ne se poursuit plus au même rythme qu’à la belle époque du IXe siècle.

Au XIe, le progrès des études et en même temps des collections de livres est de nouveau très sensible. De nouvelles bibliothèques se constituent chaque fois qu’est fondé ou restauré un monastère. C’est au cours de ce siècle que se forme le noyau des importantes collections du Mont Saint-Michel,, du Bec, de Saint-Êvroult, d’Anchin, de Saint-Laurent de Liège. Le nombre des manuscrits exécutés au XIe siècle est très considérable. Les nombreux catalogues de livres du XIe et du début du XIIe, que nous possédons, montrent qu’à cette époque les monastères de Moissac, Saint-Martial, Maillezaisr Massay, Saint-Gildas, Saint-Claude, Cluny, Saint-A.ubin d’Angers, Saint-Père de Chartres, Fécamp, Corbie, Saint-Bertin,. Saint-Amand, Saint-Martin de Tournai, Gorze, Saint-Epvre de Toul, Lobbes, Stavelot, Saint-Maximin de Trêves, Wissembourg, les églises du Puy, de Nevers, de Rouen, de Paris, de Cambrai étaient largement pourvus de livres. C’est au XIIe siècle que ces bibliothèques ecclésiastiques et monastiques atteignent le plus haut degré de prospérité qu’elles aient connue ; nous nous arrêtons au seuil de cette brillante époque.

§ 2. — La recherche des livres

Les difficultés que rencontre la formation des bibliothèques ecclésiastiques et monastiques sont en partie levées grâce au zèle déployé, aux IXe et Xe siècles surtout, par maints prélats ou communautés dans la recherche des livres. A la fin du VIIIe siècle encore, le souci d’enrichir des collections de livres, peu fournies jusque là, se manifeste faiblement chez les prélats et les c m munautés de l’ancienne Gaule. Alcuin a donné

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