OUVRAGES EXPLOITÉS PAR DES ÉCRIVAINS
consultés dans la bibliothèque et les archives de leur église. Les lettres, les écrits de polémique, les productions théologiques et canoniques d’un Loup de Ferrières, d’un Hincmar de Reims, d’un Raban Maur à Fulda, d’un Aimoin à Saint- Denis, d’un Abbon à Cluny, les compositions apocryphes du pseudo Isidore révèlent les ressources en livres dont ils faisaient usage. Mais outre qu’un tel dépouillement n’est possible que dans une monographie qui s’attache à un auteur ou au groupe d’auteurs ayant appartenu à une même église, il n’en peut sortir que des données assez peu sûres sur la composition de la bibliothèque de celle-ci. Les écrivains ne déversent pas seulement dans leurs ouvrages ce qu’ils trouvent dans les livres qu’ils ont sous la main ; ils mettent à profit tout ce qu’ils ont pu lire et apprendre précédemment et ailleurs, peut-être le contenu de notes où ils ont consigné le fruit des lectures faites au cours de leur séjour en d’autres établissements. Les citations et l’utilisation d’anciens ouvrages par les écrivains ecclésiastiques des IX-X-XIe siècles laissent soupçonner qu’ils les trouvaient auprès de leur église ou monastère, mais ne permettent pas de l’affirmer sans réserves.
Plus sûres sont les données que fournissent les recueils d’« excerpta » formés du IXe au XIe siècle. Quand l’auteur de la compilation est connu et quand il la produit auprès d’une bibliothèque bien déterminée, on peut être certain que celle-ci possède les ouvrages dont il a fait des extraits. Les recueils formés par Florus à Lyon, par Théodulfe à Orléans témoignent que les bibliothèques de ces églises renfermaient les ouvrages des Pères ainsi mis à contribution. Mais nous ne savons pas toujours qui a recueilli les extraits et dans quelle bibliothèque il les a compilés. C’est le cas d’un recueil d’« excerpta » formé au IXe siècle 1 par un certain Hadoardus, lequel se dit l’auteur de la collection dans un poème qui en constitue la préface. Gardien de la bibliothèque, il a rassemblé ces textes afin de pouvoir les relire 2. Les « excerpta » sont tirés d’un exemplaire de Cicéron renfermant le « De natura deorum », le « De divinatione », le Timée, le « De fato », les « Paradoxa », le « Lucullus », le « De legibus », d’un exemplaire des Tusculanes, d’un troi-
1. B. Vatican, Regin. 1762 ; cf. Schwenlte, Eine Bibliothek des 9 Iahrhunderts und ihr Custos, dans Zmtralblatt zu B. wcsen, 1885, p. 241.
2. « Ipse... dum... foret... bibliothecae cust ;s, contraxit quae libuitrelegi» ( Carm . varia, 35, Poetae lat., II, 683).