‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 701 sur 1207 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Bibliothèques de Provence et d’Aquitaine.

Dans beaucoup d’églises voisines du littoral méditerranéen, la pénurie de livres paraît avoir subsisté pendant la période qui s’étend du VIIIe à la fin du XIe siècle. C’est seulement à partir du XIIe que nous possédons des témoignages de l’existence dans cette région d’importantes collections b La cathédrale de Marseille est restée fort longtemps pauvre en livres2. Les églises épiscopales d’Aix 3, Arles i, Narbonne- 5, Carcassonne 6 possédèrent peut-être dès le temps où ils furent exécutés les quelques anciens manuscrits qui subsistent en provenance de leurs bibliothèques ; mais la rareté de ces témoins

1. Il subsiste un catalogue des livres de Saint-Victor de Marseille de la tin du XIIe siècle. Il a été publié par Mortreuil ( L’ancienne bibliothèque de l'abbaye de S. Victor , Marseille, 1854). S. Victor possédait à cette date une bibliothèque de 30c volumes. Le catalogue des livres de Saint-Pons de Tomières, daté de 1270 (Delisle, Cab. des mss., II, 536 et suiv.), remarquablement ordonné, témoigne de l’existence à cette date dans ce monastère d’une bibliothèque très riche en livres de patristique et en « libri de arte », comme en livres liturgiques.

2. Albanès, Catal. B. Marseille , Catal. B. dépts, XV, Introd., p. IV.

3. Un Évangéliaire du Xe siècle ayant appartenu à l’église d’Aix a subsisté> B. Aix, ms. 7.

4. Il ne subsiste des anciens livres qu’a pu posséder l’église d’Arles qu’un Sacramentaire de la dernière moitié du IXe siècle, B. N. lat. 2812 ; cf. Delisle, Cab. des mss., III, 270; Ane. Sacrum., XXXV I, p. 151; Leroquais, Les Sacramen., 20, p. 59-60. Le catalogue des archevêques, qui y est inséré, s’arrêtait primitivement à Rotlandus mort en 869. Dans une oraison figure le nom du roi Louis, qui, suivant Delisle et M. Leroquais, serait Louis l’Aveugle, mort en 890.

5. L. Delisle {Cab. des mss., II, 386) donne la liste des mss. provenant de la cathédrale de Narbonne qui sont parvenus à la B. N. Tous sont au plus tôt du XIVe siècle. Le ms. 11641, du VIe siècle, qu’on a cru longtemps avoir appartenu à S. Just de Narbonne, doit être attribué â l’église de Lyon (voir plus haut, n. n de la p. 33). Les Bénédictins ont vu à Narbonne et à Carcassonne deux Bibles, probablement perdues, qui appartiendraient à la lignée des Bibles de Théodulfe (voir plus haut, p. 129, n. 5).

6. Un ms. du IXe siècle de Bède et Alcuin (Brit. Mus. Harl. 4980) appartenait, au moins au XIIIe siècle, à S. Nazaire de Carcassonne (Calai, of anc. mss. in the Brit. Mus., p. 52). Voir n. précéd. la mention d’une Bible du même temps vue à Carcassonne.

BIBLIOTHÈQUES D’ELNE, ANIANE, GELLONE

fait soupçonner que ces églises restèrent peu riches en livres à cette époque.

Nous possédons du moins la liste des livres que l’église d’Elne recueillit en vertu du testament de l’évêque Riculfe du 9 décembre 915. Il lui laissait tous les livres qu’il possédait en propre, à savoir un exemplaire des Évangiles, trois Missels, un Missel relié avec un Lectionnaire, un autre Missel avec un Antiphonaire, deux exemplaires du livre de Smaragde sur les Évangiles et les Épîtres, le Commentaire de Raban Maur sur les Évangiles, un exemplaire de l’Heptateuque, un Commentaire sur la Genèse, le livre de Salomon, celui des Macchabées, le livre de Job et de Tobie, les petits Prophètes en un seul volume, un excellent Martyrologe, un Psautier, deux recueils canoniques et des cahiers (quaterniones) de canons, le livre d’Augustin sur les hérésies, deux livres d’Oraisons, un livre des Sentences, un autre « de diversis causis », deux livres de lois civiles, celles des Romains et celles des Goths, des quaterniones excellents sur la Genèse, un Commentaire très savoureux (luculentissime) des Rois, des Macchabées et des Prophètes, deux quaterniones pour la consécration d’une église, deux autres pour la visite des infirmes, un pour les ordinations ecclésiastiques (ad ordinationes ecclesiasticas) et un de médecine L Cette collection particulière de l’évêque rejoignait évidemment une bibliothèque déjà constituée.

Les renseignements que nous possédons sur les collections formées dans les monastères de la même région, sont en général peu abondants. La bibliothèque de Saint-Victor de Marseille, détruite par les Sarrasins, n’a été reconstituée qu’au XIIe siècle1 2. Nous ignorons à quelle époque les Évangiles de Montmajour, exécutés à Tours dans la deuxième moitié du IXe siècle, sont parvenus dans ce monastère ou dans quelque bibliothèque de Provence 3. Les monastères d’Aniane 4 et de Gellone 5 furent certainement bien pourvus, mais il n’a sub-

Page 1