LES IRLANDAIS A LAON, REIMS
l'évêque a désiré conserver et faire reproduire pour l’usage de son église 1. Le Sacramentaire exécuté pour l’évêque Hildoard (790-816) renferme des traces d’écriture irlandaise comme les Canones Hibernenses. Un certain Dungalus, sans doute Dungal le scot, a composé un acrostiche en l’honneur d’Hildoard 2. Des influences irlandaises s’exercent encore à Cambrai sous Halitgarius, successeur d’Hildoard (817-31) 3.
Laon a été, comme Cambrai, un centre de rayonnement pour les livres, les scribes et les maîtres venus d’Irlande. En marge d’un manuscrit du IXe siècle de Cassiodore sur les Psaumes, provenant de Notre-Dame de Laon 4, écrit en minuscule irlandaise, des scribes scots ont noté dans leur langue leurs réflexions, sous les yeux du directeur de l’atelier qui, ne comprenant pas l’irlandais, les a laissé faire. Il n’y a en effet aucune raison de croire que ce manuscrit, pas plus que d’autres manuscrits de Laon, ait été écrit en Irlande 5. Sur la feuille de garde d’un manuscrit laonnais de Béde est écrite par une main plus récente une élégie sur Cathasach, abbé d’Armagh, qui mourut en 896 ; le manuscrit a sans doute été exécuté de son vivant par l’un de ses disciples 6 7. Un commentaire de saint Jean composé par Jean Scot, écrit en minuscule Caroline, porte des corrections en minuscule insulaire de la main soit de Jean Scot, soit de ses compagnons 1 .
Reims a reçu également apport de l’Irlande. Le commentaire de Martianus Capella composé par l’évêque scot Duncant a été donné par lui à ses disciples au monastère Saint-Remi et le manuscrit exécuté par les soins de Gifard 8.
1. Lindsay observe ( Notae lai., p. 13) que les copistes du manuscrit irlandais original ont substitué dans les abréviations à des traits irlandais des formes différentes. La copie aurait donc été exécutée plutôt par des. scribes cambraisiens, Le texte irlandais n’avait pas de sens pour eux ; au sentiment de Lindsay (p. 449). ils l’auraient reproduit machinalement (heedlessly), parce qu’il figurait sur le livre qu’ils étaient chargés de copier.
2. Ces vers sont contenus dans le ms. du IXe siècle de Leningrad, Q v. II. n. 5, qui provient de Corbie, mais a sans doute été exécuté à Cambrai (Finsterwald, loc. cit. et p. 413).
3. Fournier. Élude sur les Pénitentiels, R. hist. et littér. relig., VIII, 1903, p. 528.