RELIURES OFFERTES PAR LES ROIS
blablement pour Lothaire, donné par lui à l’une de ses sœurs et qui au Xe siecle est la propriété des moines de Saint- Hubert, date en partie du IXe, en partie du Xe siècle 1, et a peut-être été restaurée après le retour à Saint-Hubert à cette époque du manuscrit qui avait été volé et mis en vente à Toul. Du XIe siècle subsistent maintes riches reliures, ou des pièces insérées dans des reliures plus modernes 2.
Si un nombre relativement important de ces riches rehures ont été sauvées, une multitude d’autres ont péri, même quand les manuscrits qu’elles habillaient ont survécu, car les métaux précieux, ivoires et perles excitaient des convoitises et se prêtaient à des usages auxquels les produits les plus relevés de l’art de la calligraphie et de l’enluminure ne pouvaient satisfaire. Une note insérée dans le manuscrit signale quelquefois la reliure dont il était jadis vêtu3.
Mention est faite très souvent des livres superbement reliés qui sont donnés aux églises par les rois, les grands, les prélats. Louis le Pieux a offert à Saint-Médard de Soissons le texte des saints Évangiles écrit en caractères d’or et enfermé dans des lames d’or sans mélange d’aucun autre métal 4 ; à Saint-Hubert il a donné un texte des saints Évangiles
1. Brit. Mus. Addit. 37.768 ; elle est décrite par Millar, Souvenir exposition mss. français à peinture organisée à la Grenville Library, p. 17. Cf. Scbramm , Kaiser bilder, dans N. Archiv., 1928, XLVII, 473-4.
2. Évangéliaire de saint Bernulphe, avec reliure ornée de pierres précieuses, de plaques d’émail dans une monture d’orfèvrerie (Utrecht, Musée archiép. ms. 3 ; cf. Byvanck, p. 110) ; Évangéliaire de Poussey avec plats d’ivoire et d’orfèvrerie (B. N. lat. 10514). Le Topaire de l’église d’Autun, écrit au Xe ou XIe siècle, a un plat de reliure formé d’une plaque d’ivoire antique (B. de l’Arsenal, 1169 ; cf. Martin et Lauer, Catal. mss. de la B. de l’Arsenal, II, 361). Le panneau central d’un triptyque byzantin exécuté entre 1068 et 1071, conservé au Cab. des Médailles, a servi de reliure à un Évangéliaire de Saint-Jean de Besançon (cf. Molinier, t. I, liste des tript. byz., n° 13, p. 114 et Schlumberger, Nicéph. Phocas, p. 369).
3. Les vers qui forment l’épilogue des deux Bibles de Théodulfe (B. N. lat. 9380 et Trésor de la cath. du Puy) nous apprennent qu’elles étaient splendidement habillées : « Nam foris hoc gemmis, auro splendescit et ostro » ( Theod . carm., 41, Poetae lat., I, 539). Cf. Delisle, Les Bibles de Theodulfe, dans B. Ec. Chartes, 1879, p. 8. Un autre poème dédicatoire d’une Bible signale que Théodulfe 1 a ornée extérieurement d’or, d’argent et de perles {Theod. carm., 42, p. 540). Une note insérée dans les mss.de l’Arsenal 592 (Évangiles, XIe siècle) et 599 (Évangéliaire d or, dit de Charlemagne) indique que la reliure était ornée de 63 pierres précieuses (H. Martin et Ph. Lauer, Catal. de la B. de l’Arsenal, p. 13). Une note du ms. lat. 261, f° 19 de la B. N. provenant de la cathédrale du Mans fait honneur à l’évêque Gervais d’avoir orné ce codex d’or et de perles.
4. Odilonis transi, s. Sebastiani, 43, Sri, XV, 388. Le ms. de la B. N. lat. 8850 qui peut être identifié avec lesÉvangiles'de Saint-Médard porte une autre couverture que celle décrite vers 932 par Odilon. La reliure d'argent qui subsiste, a été faite en 1169 par l’abbé Ingramm-, cf. Ed. Fleury, Les mss. à miniat. de la B. de Soissons, 1-47, PL I-IV.