Ms. 127, Châtelain, Paléogr. class., PI
8. Cf. Lehmann, Die mittelalteiiiche Bibliothek, dans Die Kultuy der Ahtei Reichenau édité par Beyerlé, 645-56.
9. « Alten rodel in der 0\v geschriben » (Lehmann, M ittelalterl. Katal., t. I, Die Bistumer Constanz und Chur, 48, p. 234). Cf. K. Brandi) Die Chronik des Gallus Oehem, Heidelberg 1893.
720 BIBLIOTHÈQUE DE REICHENAU AU VUl^ SIÈCLE
thèque de Reichenau depuis le temps du fondateur, Pirminius, jusqu'à la fin de l'abbatiat de Ruadhelm (838-42).
D'après ce chroniqueur ^, Pirminius apporta au monastère qu'il instituait un lot de cinquante manuscrits -. L'abbé Etton (727-734), qui lui succéda, partagea la communauté et la bibliothèque en quatre parts. L'une demeura à Reichenau, tandis que trois colonies de moines, emportant chacune une portion des livres, s'en allaient fonderies trois filialesde Pfâffers, Altaich et Murbach. Le chroniqueur ignore quelle part des livres fut emportée, mais il sait, grâce évidemment au rôle, quels sont ceux qui restèrent ; malheureusement, par souci de brièveté, il n'a pas reproduit cette liste.
De l'abbé Sidonius (746-759), il est dit seulement qu'il a conservé pour ses propres besoins les livres qu'il a pu acquérir. Son successeur, Jean (759-782) a gardé à son usage les Uvres de son prédécesseur et en acquit d'autres dont le chroniqueur estime inutile d'écrire les noms (nit nott mit ireni namen zu beschriben).
L'abbé Pierre (782-6) rapporta d'un voyage à Rome un Psautier grec. Sous son abbatiat, l'évêque de Constance, Éginon, venu à Reichenau, emprunta les livres que l'abbé Jean avait laissés aux moines, promettant de les rendre, après les avoir fait copier ; mais il les garda jusqu'à sa mort, les laissa en héritage à son neveu Wolfleoz, qui lui succéda sur son siège épiscopal et ces livres ne revinrent jamais dans l'Ile. Par contre, sous l'abbé Pierre ou Jean, le saxon Edéfridus se fit moine à Reichenau et laissa au monastère des livres en caractères saxons qu'il avait apportés.
L'abbé Waldo (786-806) est entré en possession de plusieurs livres provenant de l'église de Pavie, d'un Antiphonaire de la reine, femme de Pépin. Il fit écrire en outre des livres pour son propre usage ; mais le chroniqueur renonce à rapporter de quels ouvrages il s'agit et quels frères les ont
1. Lehinann a reproduit tous les passages qui concernent la bibliothèque de Reichenau, 48, p. 234-8. Le rôle devait, seuible-t-il, contenir pour chacun des abbés la liste des livres acquis, avec celle des noms des donateurs ; car le chroniqueur note qu'il a jugé inutile de donner les titres des li\res et il prend soin de consigner les noms de ceux qui les ont offerts. On peut en conclure que ce rotulus renfermait des listes composées comme celle que contenait le rôle écrit par Réginbert (cf. plus loin), relative à Erlebald (Lehmann, 52, p. 256).
2. Au sentiment de dom Dold et de dom Capelle (Deux psautiers gaulois dans le cod. Aug. CCLIII, R. Bénéd. 1925), le ms. palimpseste CCLIII est l'un de ceux qui furent apportés, en 724, à Reichenau par Pimiinius ; le ms. récrit par un scribe franc en minuscule mérov. renferme le Commentaire de s. Jérôme sur saint Mathieu ; les feuillets palimpsestes renferment des restes d'un Missel gallican et d'un Psautier italien du VI« siècle, ainsi que d'autres fragments.
BIBLOTHÈQUE DE REICHENAU SOUS ERLEBALD ET RUADHELM 721
copiés. Un moine de Reichenau, Vadilleoz, vint à Saint-Martin de Tours et envoya à ITle des livres que le chroniqueur néglige aussi de désigner. Un évêque des pays francs, qui se fit moine à Reichenau, apporta aussi de nombreux manuscrits. Le chroniqueur signale encore quatorze personnages, prêtres, moines, qui ont fait des dons de livres au temps de Waldo. Une femme, Ata, a envoyé un Missel tout couvert d'argent, lequel est perdu ainsi que beaucoup d'autres. L'ëvéque de Vérone Éginon s'étant retiré à Reichenau y apporta des livres, parmi lesquels figurait sans doute le Commentaire de saint Jérôme sur l'Ecclésiaste, écrit au VHP siècle par dessus une partie de l'Histoire naturelle de Pline ^.
D'Heito, évêque de Mayence et abbé de Reichenau de 806 à 822, il est écrit (vom im. geschriben) qu'il a frustré son évêché de tous les livres qui lui appartenaient pour les laisser au monastère de Reichenau. En son temps, de nombreux livres ont été donnés par divers personnages, prêtres et moine§. Le chroniqueur ne croit pas devoir mentionner les livres mais il nomme les vingt et un donateurs.
L'abbé Erlebald (823-838) avait un amour spécial pour les livres - et tous ceux qu'il fit écrire dans l'Ile et au monastère de Saint-Denis sont devenus, après sa mort, la propriété du monastère. Sous son abbatiat un grand nombre d'hommes distingués firent don de leurs livres aux moines. Le chroniqueur cite trente-six noms de donateurs et parmi eux le prêtre Otpret, qui donna entre autres un beau Psautier et un Homéliaire de saint Grégoire.
Ruadhelm, abbé de 838 à 842, était lui aussi un amateur de livres ; il en a écrit lui-même quelques-uns ; il en acquit un grand nombre avant d'être abbé et quelques-uns sous son abbatiat. Beaucoup d'hommes distingués donnèrent en son temps des livres. Le chroniqueur cite le prêtre Buntwil, maître de l'école qui acquit des Histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il demanda que l'ouvrage fût laissé à l'école. Il exécuta aussi un autre exemplaire des Histoires qu'il a laissé au monastère. Le prêtre et moine Mainrat a écrit lui-même les Histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament et fait écrire le livre des Prophètes par d'autres frères. Les
1. Le ms. qui subsiste (B. S. Paul en Car., XXV a 3, cf. Châtelain, Paléogr. class., II, 13. PL 136) peut sans doute être identifié avec le n° 72 du Catal. de 822.
2. " Hatt ouch besonder liebe zu biichern » (p. 237). Ces mots, reproduits plus loin à propos de Ruadhelm, ne sont sans doute pas empruntés au rotulus ; le chroniqueur interprète ainsi les renseignements objectifs que renferme le rôle.