‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 4)Chapitre 1111 sur 1203 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Constitution des Bibliothèques

§ I. — Les limites d'une collection de livres

DU ville AU Xlle SIÈCLE

Revue faite des bibliothèques ecclésiastiques et monastiques de l'ancienne Gaule, dans la mesure, souvent fort imparfaite, où chacune d'elles nous est connue, il reste à déterminer les caractères généraux des collections de livres qui se sont constituées du VIIP au XII^ siècle, auprès des églises.

Pour apprécier la place que tiennent les livres dans le mobilier des églises et l'importance des collections dont elles sont pourvues, il faut, sans comparer ces bibliothèques à celles de l'antiquité ou des âges postérieurs, les situer dans le cadre de l'époque, les conditions, les besoins et les moyens des établissements qui les possèdent. Pour chacune des anciennes églises, le noyau primitif, tel qu'il apparaît constitué au début du VIII^ siècle, ne comprend qu'un petit nombre de manuscrits. En chaque église nouvellement fondée du VIIP au XIP siècle tout est à créer. Quelle que puisse être l'avidité des contemporains à se procurer des livres, les sources dont ils disposent sont maigres, les résultats possibles assez restreints.

L'importance des collections ecclésiastiques et monastiques au cours de cette période est limitée d'abord par le nombre relativement peu considérable des ouvrages qui existent et qui peuvent prendre place dans les bibliothèques. La part de beaucoup la plus considérable des œuvres qu'elles renferment du Ville au Xlle siècle est le legs de l'antiquité. Décrivant la bibliothèque de l'église d'York, Alcuin note l'origine de tous les livres qu'elle contient : ceux que le peuple juif a reçus du Ciel, ceux que la Grèce a transmis aux Romains, ceux

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que Rome et l'Afrique ont répandus dans le monde ^. Même au temps où les œuvres produites par les générations nouvelles commencent à s'accumuler dans les bibliothèques ecclésiastiques, l'immense majorité des livres, même au XI^ siècle, renferme les œuvres qui subsistent de l'antiquité chrétienne et classique.

Cet héritage, si riche qu'il eût pu être, se trouvait singulièrement réduit en f^it. D'abord toute la portion de langue hellénique peut être considérée comme exclue ; les ouvrages de la Grèce et de l'Orient ne sont connus et en petit nombre que par les traductions latines anciennes. C'est au sens strict qu'il faut entendre les livres que la Grèce a transmis aux Romains; Alcuin eût dit plus exactement encore, ceux qui ont été traduits du grec en latin. De versions récentes et faites en Gaule, on ne peut citer que celle des œuvres du Pseudo- Denys. A'peine quelques livres grecs apparaissent-ils isolément dans les bibliothèques de Saint-Denis, Fleury, Saint-Gall.

Le legs de l'ancienne littérature de l'Occident latin que recueillent en France les bibliothèques ecclésiastiques et monastiques à partir du VIII® siècle n'est plus, lui aussi, qu'une part, importante encore, mais combien réduite du contenu des bibliothèques latines pubhques et- privées duIV^ et du ye siècle. En quatre siècles, d'irrémédiables pertes ont été consommées. Il s'en accomplissait encore au VIII^ siècle, dans l'ancienne Gaule comme ailleurs et même dans les scriptoria ecclésiastiques. Elles étaient déjà irréparables au IX^ siècle, époque où du moins, grâce précisément à la multiplication et à l'accroissement des bibliothèques ecclésiastiques et monastiques 2, des pertes nouvelles peuvent être considérées comme désormais à peu près conjurées ^.

r. De sanctis Euboric. ecdesiae, versus 1535-9 •

« Illic invenies veterum vestigia patrum

Quidquid habet pro se Latio Romanus in orbe,

Graecia vel quidquid transmisit clara Latinis,

Hebraicus vel quod populus bibit imbre superno '

Ajrica lucifluo vel quidquid lumine sparsit '> (Poetae lat., I, 203).

2. Voir notre art. La Contribution des églises de France au sauvetage des lettres antiques dans la R. hist. égl. de France, 1937.

3. Il se peut que les bibliothèques du IX» siècle aient possédé des œuvTes antiques qui ont été ensuite perdues. C'est le cas, semble-t-il, du « De mensione univers! orbis » de Jules César, mentionné à Reichenau dans le Catalogue -des livTes écrits ou acquis par Réginbert (Becker, 10, 2, p. 20). On ne saurait dire ce qu'entend par « libros Titi Libii ab urbe condita G Décades » le rédacteur d'une bibliothèque indéterminée (Becker, 6^, 42, p. 147). Possédait-elle cent livres, c'est-à-dire dix Décades de l'œuvre de Tite-Live ?

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