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CE QUE LES ÉGLISES GARDENT DES LETTRES ANTIQUES

Ces bibliothèques n'ont jamais été, elles aussi, il ne faut pas l'oublier, que des collections particulières, en quelque sorte personnelles ; destinées à la personne que forme l'évêque avec son clergé, l'abbé avec ses religieux. Les conditions propres à un propriétaire ecclésiastique ou monastique s'appliquent nécessairement à chacune d'elles. Leur constitution première et tous leurs accroissements répondent à des exigences d'église, à l'usage du culte, que célèbrent les clercs ou les moines, sont commandés et limités par les besoins liturgiques, intellectuels, spirituels du prélat et de sa communauté.

Par là s'explique le choix des livres qui ont formé le fonds primitif de la bibliothèque des anciennes églises. Si nous possédions le catalogue des ouvrages qui appartenaient au V^ siècle ou antérieurement à une église ou à un monastère d'Occident, nous n'y trouverions sûrement que des livres nécessaires à la célébration de l'office divin, des exemplaires des Livres Saints, des ouvrages de doctrine, des Canons et des Règles. Toute littérature profane était sûrement absente alors de ces collections purement ecclésiastiques.

On pourrait s'attendre par la suite à une semblable exclusion de tout ce qui n'est pas strictement propre à l'usage d'une communauté religieuse. Il n'y a même pas lieu de faire grief à des scriptoria ecclésiastiques d'avoir du VI^ au VHP siècle gratté et récrit des feuillets de parchemin, débris disparates de manuscrits, qui contenaient des textes sans intérêt pour une communauté attentive à ses seuls besoins religieux présents. On ne saurait s'étonner que les églises, n'ayant la garde que d'un dépôt sacré, s'en soient tenues d'abord à celui-là.

Au reste, la limite que paraissent opposer au recrutement des livres ces intérêts d'ordre spirituel, a été beaucoup moins stricte, à partir du VP siècle et surtout de la Renaissance Caroline, qu'elle ne l'avait été dans les cinq premiers siècles. Précisément parce qu'après l'invasion barbare les études profanes sont peu à peu délaissées et meurent au sein de la société laïque, elles devaient être nécessairement recueillies pour une part dans les églises et monastères où les jeunes clercs et novices ne peuvent se passer d'une initiation à la grammaire et à un minimum de culture de l'esprit. Une portion modeste des œuvres antiques qui la représentent a par conséquent pénétré de bonne heure dans les collections ecclésiastiques. En Gaule, malgré la décadence intellectuelle du clergé et des moines, cette culture élémentaire s'est maintenue jusqu'au temps où s'éveille la première des Renaissances. Saint-Denis a gardé les plus anciens manuscrits de Virgile. Corbie possédait cer-

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