‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 4)Chapitre 1162 sur 1203 · LIVRES DÉROBÉS · texte numérisé non relu

LIVRES DÉROBÉS

facilement la proie de ravisseurs sacrilèges. Un poème de Walafrid Strabon raconte l'histoire du « Cornes » de Saint- Denis, écrit sur l'ordre de l'abbé Hilduin par Otfrid. Un voleur qui feignait d'être plongé dans la prière a ravi le livre offert à Saint-Denis ^.

Vraisemblablement, il arrive que des hôtes d'une église et d'un monastère cachent au départ dans leurs bagages des livres qu'ils emportent frauduleusement. Dans un manuscrit du IX^ siècle renfermant plusieurs traités de saint Augustin, exécuté à Mayence et appartenant à la bibliothèque de cette église, on lit sur les premiers feuillets une liste de titres d'ouvrages de saint Augustin. En marge de trois d'entre eux, il est noté en écriture du IX^ ou X^ siècle, qu'ils ont été enlevés par un moine de Fulda voleur (iste et iste et iste sublati sunt a Fuldensi latrone) -. Peut-être, le manuscrit des lettres de saint Boniface a-t-il été semblablement dérobé ^. La bibliothèque de Fleury a subi, elle aussi, au IX^ siècle, des partes du fait des voleurs de livres ^. Une imprécation inscrite sur le « Psalterium aureum » exécuté à Saint-Gall à la fin du IX^ siècle, félicite d'abord ce précieux livre d'avoir échappé au vol et d'avoir pu être sauvegardé jusqu'à présent ^. Le chroniqueur de Saint-Hubert rapportant des pertes subies par son monastère dans la deuxième moitié du XI^ siècle s'écrie : « Quid de librorum dispersione vel distractione mémorandum ». Un Psautier écrit en or a été volé et mis en vente à Toul. La femme qui l'a acheté n'a su que plus tard à qui il avait été ravi et l'a restitué, en offrant « pro satisfactione » un Sacramentaire ®. Si tant de livres ont pu passer dès le IX^ siècle de la bibliothèque d'une église à celle d'une autre, un vol commis aux dépens de la première a précédé sans doute assez souvent l'acquisition faite, probablement de bonne foi, par la seconde.

Les collections particulières peuvent, comme celle des

1. <i Fur specie orantis depositum rapuit » (Carm. 65, II, Poetac lat., I, 407).

2. B. Munich CLM 8107 f" i ; cf. Lindsay, The early Mayence script., p. 28.

3. Il a été utilisé à Fulda par Otloh et rapporté par celui-ci entre 1062 et 1066 à Mayence (Lindsay, p. 23).

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