ANATHÈMES CONTRE LES RAVISSEURS
églises, subir semblables larcins. On ne sait si Micon, écolâtre de Saint-Riquier, parle de l'un de ses livres ou de l'un de ceux du monastère, quand il déclare n'avoir pu découvrir quel est le malfaiteur qui lui a enlevé son Fortunat ^. Le moine de Tegernsee, Froumundus, se désole de se savoir accusé du vol d'un livre appartenant à son abbé '-.
La précaution d'inscrire le nom du propriétaire sur ses manuscrits n'est pas sans valeur quand un livre s'égare ou tombe aux mains d'un emprunteur qui n'est que négligent ; mais comme l'inscription peut être grattée, même si elle apparaît plusieurs fois, si elle fait, comme dans des livres du monastère de Micy, le tour de deux pages, un tel soin ne peut faire obstacle à l'avidité des voleurs ^.
C'est à la crainte religieuse qu'il est fait appel, le plus efficacement peut-être à cet âge, pour sauvegarder une propriété sacrée, mais d'autant plus exposée qu'elle est très estimée et difficile à protéger. L'« explicit » d'un livre, que le scribe le souscrive ou non, est accompagné souvent d'anathèmes à l'adresse du ravisseur ^. Les « ex-libris >> qui signalent l'établissement propriétaire se continuent souvent par des imprécations contre quiconque le priverait de son bien '^. Un Catalogue dressé à Lobbes en 1049 se termine par une malédiction à l'adresse de quiconque ravirait l'un des livres qui y sont inscrits*^.
Autrement grave est le préjudice causé aux bibliothèques par les désastres matériels qu'elles subissent, l'incendie fortuit
1. Voir plus haut, p. 231, les informations qu'il prend pour le retrouver.
2. « Tristis suna nimis de furto libri vestri supra me dicti » {Epist. 2, Migne, CXLI, 1285).
3. Les « ex-libris » sont souvent d'ailleurs d'une époque très postérieure à l'exécu.tion du manuscrit ; beaucoup sont des XIP et XIII« siècles. Le ms. 107 du XI^ de la B. de Boulogne provenant de S. Bertin renferme une notice d'anathème, qui est seulement du XIIP siècle (N. Archiv., XVIII, 568).
4. cijungatur zabulo tulerit quicumque Vedasto » (B. Arras, ms. 221, XP s. cf. N. Archiv., II, 316).
5. Sur les anathèmes à l'adresse des voleurs, cf. Wattenbach, p. 529-33- Us apparaissent dè« le vile siècle (ms. de S. Médard qu'a fait écrire Nomédius, cf. plus haut, p. 228). Voir en particulier l'anathème inscrit, au IX« s., par le diacre Bernon sur le Virgile donné par lui à S. Martin de Tours (Delisle, École calligr. de Tours, p. 22) et la menace qu'au XI>^ s. un moine de Limbourg au diocèse de Spire, inscrit sur un exemplaire des Évangiles exécuté par lui, à l'adresse de ceux qui l'alié seraient ou le mettraient en gage : « quia et si sacrosancti evangelii codicesauro vel gemmis ornati interdum soient invadiari, sancti tamen qui olim vincula et carceres pro Christo sunt perpessi, in scriniis feneratorum riursus dedignantur captivari » (B. Cath.^ Cologne, 218, Jaffé Watt., p. 98).