CONCLUSION
C'est plus tard seulement, quand l'activité intellectuelle sort des anciens cloîtres et fait fleurir en dehors d'eux les universités, les collèges, les couvents d'Ordres nouveaux, que l'insouciance des chapitres et des communautés monastiques à l'égard des vieux manuscrits laisse dépérir les collections formées du VHP au XII^ siècle.
Au cours des quatre siècles où nous en avons poursuivi l'étude, nous avons vu les bibliothèques ecclésiastiques et monastiques se constituer et, en dépit des vicissitudes qu'elles traversent, se développer et s'accroître sans cesse. Si maigrement pourvues qu'elles nous paraissent, si rudimentaire qu'en soit l'organisation, elles sont à la base de tout le travail de la pensée jusqu'à la fin du moyen âge et encore au delà. Les historiens et érudits ne peuvent oublier que ces collections ont sauvé tout ce qui nous reste de l'ancienne littérature latine, chrétienne et profane. Au regard de celle-ci et des productions du haut moyen âge, l'œuvre des premiers humanistes, celle de l'érudition moderne et contemporaine a consisté exclusivement à étudier et exploiter le dépôt qu'en ont reçu et gardé les églises et monastères du VIII^ au XIP siècle. Les bibliothèques de ce temps, comme les scriptoria qui ont permis de les constituer, méritent de ce chef un examen approfondi ; ceux qui les ont formés et dirigés, les scribes pour la plupart anonymes qui ont exécuté ces livres, ont droit à notre respect et à notre reconnaissance.
Appendice
LES ARCHIYES ECCLÉSIASTIQUES ET 3I0XASTIQUES
Le local d'une église ou d'un monastère où sont gardés les livres renferme quelquefois avec eux la collection des pièces d'archives. Varmarium signalé comme dépôt tantôt des livres et tantôt des documents d'archives, reçoit sans doute à la fois dans bien des cas les uns et les autres \ Souvent aussi, les archives sont nettement distinguées de la bibliothèque. Il en était ainsi au IX^ siècle à Reims, où Ebbon a élevé un bâtiment pour contenir les archives de l'église, à Saint- Wandrille, où il est rapporté qu'Anségise a construit d'une part la dormis cartanim et d'autre part le bâtiment où sont conservés les livres 2. La garde des archives paraît avoir été associée ordinairement à celle de la bibliothèque. A Saint-Riquier, le « librorum claviger » était en même temps « cartarum custos ». C'est au « chartinacius » qu'à Saint-Martin de Tours, Loup de Ferrières fait parvenir la demande du prêt d'un livre ^.
Les archives sont d'abord et principalement la maison des chartes (domus cartarum), diplômes des rois et chartes des seigneurs dont l'autorité se substitue peu à peu à la leur, bulles des pontifes romains, diplômes synodaux, testaments et chartes de donation des prélats de l'église et d'innombrables bienfaiteurs petits et grands. Parfois ceux-ci pres-
1. Voir notre t. III Églises et trésors des églises, p. 121-2.