RÉFORME DE L'ÉCRITURE
Une série d'écritures précarolines ^ ont préparé la création et la diffusion d'une écriture parfaitement régulière, la minuscule Caroline. Dérivée à la fois de la semi-onciale et de la semi-cursive qui de part et d'autre se rapprochent et se mêlent, l'une apportant régularité et clarté, l'autre plus d'aisance et de rapidité ^ elle est le fruit des expériences pratiquées dans un certain nombre de scriptoria francs. Élaborée, semble-t-il, surtout dans l'atelier de Corbie ^, la minuscule Caroline atteint à Tours la plus parfaite expression qu'elle ait revêtue *. Sous cette forme, elle a peu à peu conquis dans la i^^^ moitié du IX^ siècle, tous les ateliers ecclésiastiques et monastiques. Ils ont un à un abandonné la technique, même la plus perfectionnée, des minuscules d'origine cursive^. Celles-ci, ainsi que l'écriture insulaire, se maintiennent encore dans la première moitié du IX^ siècle dans un certain nombre de scriptoria ; mais à mesure que disparaissent les habitués de l'ancienne écriture, tous les ateliers adoptent la nouvelle calligraphie.
Les vieilles techniques disparues, les livres nouvellement exécutés en écriture moulée et parfaitement régulière, même si 1'.' texte reste uniforme, à plus forte raison quand les titres en capitale et onciale, les lignes tracées en semi-onciale, les grandes initiales ornées, distribuent et ornementent le texte, sont tenus plus que jamais pour objets de prix. Les contemporains apprécient la beauté de l'écriture des manuscrits qu'ils ont sous les yeux. Loup de Ferrières attend une occasion sûre pour faire parvenir à Hincmar le Collectaneum de Bédé. Ce recueil d'extraits de saint Augustin n'était vraisemblablement pas un livre de luxe, richement enluminé. Néanmoins Loup ne veut pas l'exposer ; en effet, écrit-il, la beauté du codex est faite pour tenter la rapacité des méchants ®.
Mais même débarrassée d'un encombrement de hgatures et d'abréviations, et précisément parce qu'elle est devenue une calligraphie, la pratique de l'écriture reste un art diffi-