SCRIBES ENFANTS
L'art de la calligraphie n'était pas exercé par des enfants. A ceux qui étaient admis dans la scola d'un monastère on apprenait à écrire, non pas au scriptorium, mais à l'école même. Ils y faisaient sans doute usage de tablettes (tabulae) et fie modèles portatifs d'écriture (codicelli), comme les hommes faits qui se mettaient tardivement à l'étude de l'art d'écrire ^ L'école avait au reste des relations avec le scriptorium, comme avec la bibliothèque. Le maître de la scola était souvent, en même temps, bibliothécaire, directeur du scrifioriiim, ou du moins il y écrivait lui aussi à l'occasion '-. Peut-être y faisait-il travailler parfois quelques-uns de ses élèves. Le local de la scola pouvait être, pour ces apprentis, une sorte d'annexé du scriptorium.
Quoi qu'il en soit, des enfants ont parfois exécuté des manuscrits qu'a conservés la bibliothèque de l'établissement. A Saint-Amand, le 'jeune Jérôme, petit-fils de Pépin le Bref, a copié, à neuf ans, la vie de saint Amoul, son ancêtre, sous la direction, sans doute, du maître Ragnardus ^. Un petit poème a été composé, à Saint-Riquier, pour être inscrit sur la table d'un juvenculus, que le poète exhorte à s'appliquer, yiour devenir expert dans la loi des scribes ■*.
Au X*" .siècle, à Saint-Gall, Notker enfant, serviteur de saint Gall, déclare qu'il a écrit un manuscrit, sous la direction du bibliothécaire Waldramm et qu'il l'a signé. Un autre écolier dédie son œuvre modeste, écrite avec un pouce enfantin, à Rutpert, docteur, qui l'a abreuvé de son lait et nourri de son pain '^. Ekkehard, chargé des écoles, dirigeait vers le scriptorium les enfants qui n'avaient pas de disposition pour l'étude des lettres ; il les occupait à écrire et à dessiner, à faire des capitales, à les dorer et à les peindre ^.
I. Einhard rapporte de Charlemagne : « tabulasque et codiuellos ad hoc in lecto sub cervicalibus circumferre solebat ut cum vacuum tempus esset, manum litteris effigiendis adsuesceret » (Vita Karoli, 25, p. 22). Les tablettes sont sans doute des tablettes de cire oîi le royal élève éirixait avec un stylet, les codicelli des modèles d'écriture.
* 2. A S. Martin de Tours, Odalricus, signalé dans une charte de 894 comme diacre et « scholae raagister », a écrit une charte de 886, qu'il signe comme sous-diacre, sans mention de l'école. Dans un document du 22 Mai 899, .\rchanaldus est dit Mnagister scolae » et, comme son prédécesseur, a écrit des chartes exécutées à S. Martin ; il signe le 22 Mai 899, le 13 Sept. 900,1e i" Mars 904, le i3Nov.9i2,le 31 Dec. 914, en prenant le titre de « scholœ primus » (cf. Kohler, Die Schnlevon Tours, I. 28).