‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 4)Chapitre 517 sur 1203 · LE SILENCE A L'ATELIER · texte numérisé non relu

LE SILENCE A L'ATELIER

Chartres, Amalbertus, en souscrivant un volume, exprime sa joie de l'avoir enfin terminé : « Finis ista gaudium magnum est » ^. Un manuscrit messin s'achève par ces mots : « Hic finem tango, nec plus sudoris adibo » ^.

Le silence qui doit régner dans l'atelier, afin que chaque scribe soit tout à sa tâche, contribue à le rendre pénible et fastidieux. Les scribes irlandais, faute peut-être de pouvoir parler, écrivaient volontiers leurs réflexions en marge du manuscrit qu'ils exécutaient. A Saint-GaU, sur un exemplaire de Priscien, du Ville siècle, un scribe scot, Coirbbre, a écrit cette note : « cette page n'a pas été écrite lentement ». Il répond sans doute ainsi à une observation du directeur de l'ateher, car il fait allusion dans d'autres notes au mécontentement de son maître ^. Des scribes irlandais, travaillant dans le scnpfon'um de Laon, en marge du texte qu'ils reproduisent, écrivent de leur plus belle écriture des observations sottes : « Il fait froid aujourd'hui, naturellement, c'est l'hiver ». — « La lampe donne une mauvaise lumière ». — « Il est temps pour nous de commencer à travailler ». — « Comme ce parchemin est velu ». — « Comme il est mince ». — « Je ne me sens pas bien aujourd'hui ». Ces notes marginales sont écrites aussi clairement et avec autant de soin que le texte. Le directeur de l'atelier laonnais qui, vraisemblablement, ne comprenait pas l'irlandais, a laissé faire *. Mais, en général, une disciphne stricte règne dans l'ateher.

§2. — Transcription et dictée, manuscrits autographes.

Le travail qui s'accompht dans le scriptorium proprement dit consiste, pour la plus grande part au moins, dans- la transcription faite de manuscrits que les scribes ont sous les yeux et qu'ils copient silencieusement. Il n'est pas d'usage que le manuscrit à reproduire soit lu à haute voix, afin que les scribes en reproduisent le texte à la dictée. Le silence qui est commandé à l'ateher prohibe nécessairement une telle méthode.

On a vu qu'à Saint-Denis, la traduction des œuvres de Denys l'Aréôpagite a été vraisemblablement faite par une équipe de trois personnes, l'une hsant le texte grec, une autre

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