DIVERSES SORTES DE CORRECTIONS
§ 2. — En quoi consiste la révision
Reviser un manuscrit consiste soit à en relire simplement le texte (légère, relegere, recognoscere, requirere), soit à faire collation de la copie avec l'exemplaire qu'a reproduit le copiste (conferre, contralegere, conferre ad exemplar), soit enfin à confronter le texte avec un exemplaire autre que celui qui a été transcrit et réputé meilleur (ad emendatiorem relegere... codicem) i. Dans ces trois cas, la révision est faite plume en main ; la correction (emendare) accompagne ou suit la lecture. Les deux opérations sont tenues pour inséparables (relectas et prout potui emendatas — conférant et emendent.. ad exemplar — ut conferrent diligentius et emendarent). Un même manuscrit portera indifféremment tantôt contidi et tantôt emendavi.
La tâche la plus facile du reviseur consiste à s'assurer de la fidélité de la transcription. On a vu qu'un auteur invite parfois ceux qui reproduiront son auvre à collationner avec soin leur copie avec le modèle. Il faut d'abord prendre garde que ne s'ajoutent des fautes nouvelles à celles que peut contenir celui-ci 2. Mais cette forme de correction ne peut être pratiquée que pour un travail qui vient d'être exécuté et dont le modèle reste à la portée du correcteur. La révision a un domaine plus large et s'applique même à des manuscrits déjà anciens et dont le modèle souvent a disparu.' Au reste, un lecteur zélé poursuit 1' « emendatio » du texte d'un manuscrit dont le modèle subsiste, même si la copie est exactement conforme à r« exemplar ».
Très souvent — et la tâche est alors bien plus délicate — la révision prend la forme d'une lecture faite par le correcteur.sans qu'il ait sous les yeux aucun autre manuscrit, ni celui qui a servi de modèle, ni aucun autre ; il y est procédé «sine exemplari »3.
Les corrections qu'entraîne cette lecture sont de plusieurs ordres. L'<( emendatio » du texte peut comporter la ponctuation. En général, assez peu soignée par les scribes *, elle doit être complétée par le correcteur. Souvent même introduite par lui, elle sera son œuvre exclusive. Alcuin se plaignait de la rusticité des scribes tourangeaux en 'matière de ponctua-
1. Voir les additions faites par Lindsay au "<■ Scl-iriftwesen » de Watten'. tu h, dans les Collectanea varia, Palaeogr. lat., II, V- ^^•