ACCROISSEMENT DES COLLECTIONS AU XI^ SIÈCLE
reconstituent, comme à Saint-Riquier, à Saint-Vaast, à Moyenmoutier, à Saint-Bénigne. D'autres se créent au X^ siècle, comme celle de Cluny. Le nombre important de manuscrits du X^ siècle qui subsistent en provenance de Fleury, de Saint-Germain des Près et de Corbie montre que maintes bibliothèques se sont sensiblement enrichies à cette époque. Gerbert à Reims travaille à l'enrichissement de sa propre bibliothèque et de celle de l'église. Les monastères de Montiérender, de Reichenau, les églises d'Elne, du Puy, de Nevers. recueillent d'abondantes collections. Toutefois, l'activité de l'atelier d'oii sortent les livres paraît être en général moindre dans la plupart des établissements et la croissance des collections ne se poursuit plus au même rythme qu'à la belle époque du IX^ siècle.
Au XP, le progrès des études et en même temps des collections de livres est de nouveau très sensible. De nouvelles bibliothèques se constituent chaque fois qu'est fondé ou restauré un monastère. C'est au cours de ce siècle que se forme le noyau des importantes collections du Mont Saint-Michel, duBec, de Saint-Évroult, d'Anchin, de Saint-Laurent de Liège. Le nombre des manuscrits exécutés au XI^ siècle est très considérable. Les nombreux catalogues de livres du XI^ et du début du Xlle, que nous possédons, montrent qu'à cette époque les monastères de Moissac, Saint-Martial, Maillezais, Massay, Saint-Gildas, Saint-Claude, Cluny, Saint-Aubin d'Angers, Saint-Père de Chartres, Fécamp, Corbie, Saint-Bertin, Saint-Amand, Saint-Martin de Tournai, Gorze, Saint-Epvre de Toul, Lobbes, Stavelot, Saint-Maximin de Trêves, Wissembourg, les églises du Puy, de Nevers, de Rouen, de Paris, de Cambrai étaient largement pourvus de livres. C'est au Xlle siècle que ces bibliothèques ecclésiastiques et monastiques atteignent le plus haut degré de prospérité qu'elles .aient connue ; nous nous arrêtons au seuil de cette brillante époque.
§ 2. — La recherche des livres
Les difficultés que rencontre la formation des bibliothèquesecclésiastiques et monastiques sont en partie levées grâce au zèle déployé, aux IX^ et X^ siècles surtout, par maints prélats ou communautés dans la recherche des livres. A la fin du Ville siècle encore, le souci d'enrichir des collections de livres, peu fournies jusque là, se manifeste faiblement chez les prélats et les communautés de l'ancienne Gaule. Alcuin a donné
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l'exemple de faire venir d'York les livres dont il déplore l'absence à Saint-Martin de Tours. Sa correspondance avec Arn et d'autres personnages, à qui il envoie ses ouvrages et prête des manuscrits en vue d'une transcription, montre que déjà s'éveille l'appétit des livres qui se fait sentir si vivement vers le milieu du IX^ siècle. Wala, évêque d'Auxerre, met avidement la main sur tous les livres qu'il apprend être quelque part disponibles h Un Loup de Ferrieres est à la chasse des ouvrages qu'il ne possède pas encore. Soit sous forme de copies, dont ils sollicitent l'envoi d'un scriptorium ami ou qu'ils font exécuter à celui de leur propre église, les prélats et bibliothécaires s'efforcent d'acquérir les ouvrages qui manquent à leur collection et qu'ils savent appartenir à quelque autre église. Les brefs des livres que possèdent soit un collectionneur, soit une église, passent sans doute de mains en mains et permettent aux bibliophiles de se renseigner. Loup a trouvé à Fulda le bref des ouvrages qui figurent dans la collection d'Einhard et a pu ainsi solliciter, comme l'ont fait sûrement les moines de Fulda, le prêt de livres dont il sentait tout le prix 2.
Le contenu des livres que possède une bibliothèque fournit aussi des données à un bibliothécaire zélé en vue de la recherche d'autres ouvrages. Les « Retractationes » de saint Augustin ont renseigné, à notre connaissance, certaines communautés sur son oeuvre entière et on les voit en quête de se procurer ceux des ouvrages du grand Africain que leurs bibliothèques ne renferment pas ^.
Les moines et clercs instruits, quand ils sont avertis de l'existence d'un ouvrage qu'ils ne possèdent pas, entreprennent d'activés recherches pour le découvrir. Alcuin connaît la lettre écrite par saint Augustin sur l'origine de l'âme ; il sait, l'ayant lu dans les Retractationes, qu'Augustin a composé un livre De quantitate animae, un autre De immortalitate aniniae, un autre De duahus animahus et quatre livres sur l'immortalité et l'origine de l'âme. Ces livres, il ne les a pas encore trouvés. S'ils figurent dans Varmarium impérial, il prie Gundrade de les lui envoyer pour qu'il les lise *.