TRANSFERT LÉGITIME D'UNE ÉGLISE A UNE AUTRE
thèque. Des copies d'ouvrages rares expressément faites en faveur d'une église qui ne les possède pas, ne privent pas de son avoir la bienfaitrice.
De même, la réputation des artistes calligraphes et enlumineurs d'un scriptorium peut leur attirer des commandes qui, exécutées avec l'assentiment du prélat, procureront à d'autres églises des livres de grand prix ; mais ceux-ci n'étaient pas destinés à figurer dans le trésor ou dans la bibliothèque de l'église qui les a produits ; ils n'y sont pas effectivement entrés ; aussi ne peut -on les considérer comme aliénés, pas plus que les pièces d'orfèvrerie qu'un atelier bien outillé était sollicité de fabriquer pour une autre église. C'est ainsi que très légitimement, maints volumes pouvaient passer d'une église à une autre.
Les ateliers réputés ont certainement fourni à des églises, même lointaines, des livres exécutés pour l'exportation. Le scriptorium de Saint-Denis a travaillé pour les monastères de Reichenau et de Saint-Gall. Les ateliers tourangeaux ont procuré à maints autres scriptoria des modèles et à d'innombrables bibliothèques des livres très appréciés i.
Parmi ces livres dont l'acquisition est ainsi parfaitement régulière, il faut peut-être ranger même les livres liturgiques qui, exécutés dans le scriptorium d'une église pour être offerts à une autre, reproduisent le texte des livres de la première et présentent par conséquent certaines particularités propres à celle-là. Les additions et modifications contemporaines qui ont pu y être apportées, adaptant le livre à l'usage de l'autre église, ne prouvent pas que le livre ait irrégulièrement passé de la première à la seconde.
Mais dans d'autres cas, ce n'est certainement pas le scriptorium d'une église qui a fourni des livres à une autre ; mais la bibliothèque de la première qui a été frustrée, comme le montrent les dédicaces ou « ex libris » dont les manuscrits ont gardé la marque. Un manuscrit qu'a fait exécuter le sacriste Lothaire dans les premières années du IX^ siècle pour être offert à saint Amand, a été donné à l'église de Laon dans la deuxième moitié du siècle par les comtes Bernard et Adelelme ^; nous ne savons comrnent ce livre, exécuté à Saint-Amand et pour ce monastère, était passé en leurs mains^. Deux manus-