COLLECTIONS CONSERVÉES, COLLECTIONS DISPERSÉES
gion ; il en fut ainsi de la belle bibliothèque de Fleury. Toutes finalement ont souffert de la suppression des établissements religieux en 1791. Il s'en faut que les fonds en provenant soient parvenus intacts dans les dépôts publics d'aujourd'hui^. Mais ces événements fatals pour les vieilles bibliothèques n'ont souvent que précipité et achevé des ruines déjà faites. Des incendies, au cours des âges, ont dévoré complètement un certain nombre de bibliothèques. Ce fut le cas, en particulier, à Saint-Riquier et à Lobbes. Un grand nombre ont souffert tout autant de l'incurie et du peu d'estime faite souvent des vieux livres, à partir du XIII^ siècle, par leurs anciens propriétaires. Le mouvement intellectuel qui s'était abrité exclusivement auprès des cathédrales et des monastères de l'Ordre de saint Benoît jusqu'au XII® siècle s'en estalors éloigné ; les livres furent appréciés, lus, copiés ailleurs ; les Universités, collèges, couvents des Ordres nouveaux, puis les humanistes de la Renaissance ont pris dès lors la tête d'un •courant qui se retirait des vieux cloîtres. Les anciens livres claustraux ont souvent passé alors dans des collections nouvelles. Les anciennes ont été laissées à l'abandon par les communautés qui se sont montrées moins soucieuses encore de ces vieux manuscrits, du jour où le livre imprimé dispensait de les consulter ceux qui n'avaient pas souci de remonter aux sources. Souvent, l'établissement propriétaire a vendu ou donné ces manuscrits vétustés, réputés inutiles, à des collectionneurs érudits ou curieux. Les chanoines de Metz offraient leurs anciens livres liturgiques de luxe à Colbert ; ceux de Saint- Martial en faisaient trafic. La Congrégation Bénédictine réformée de Saint-Maur a pu grossir un certain nombre de collections monastiques, notamment celle de Saint-Germain des Prés, aux dépens de beaucoup d'autres restées, en des mains incapables d'en tirer profit.
Dans l'état de dispersion où se trouvent présentement les anciens manuscrits ayant appartenu aux églises, il est possible pourtant de les restituer, pour la plupart, à leur ancien fonds. Leur provenance est très souvent connue. Beaucoup ont gardé les côtes modernes des bibhothèques ecclésiastiques ou monastiques auxquelles ils appartenaient avant la Révolution. Un bon nombre conservent un « ex libris », apposé antérieurement au Xlle siècle et de ceux-là nous sommes sûrs qu'ils
I. Sur le pillage, la destruction et l'éparpillement des livres des B. ecclésiastiques et monastiques, depuis le XV I« siècle jusqu'à nos jours, voir Tratibe, Zur Palaeogr., Varies., I, 124 et suiv.