LE « COMITATUS
miers rois Carolingiens n'est peut-être pas étrangère au renouvellement des sécularisations *.
Dès l'origine en effet, le comitatus apparaît en partie formé aux dépens des episcopatus et des monasteria. A Trêves, on se souvenait, au commencement du Xe siècle, que le comté avait été constitué aux dépens de l'évêché 2 et c'est au temps de l'évêque de Trêves, Véomad, contemporain de Charlemagne, qu'on rapportait le passage aux mains du comte de certains droits qui auraient appartenu à l'église 3. Sous le règne d'un prince qui n'a plus fait supporter aux églises de nouvelles pertes, peu de temps après l'avènement de Louis le Pieux, le comte deBrioude,Bérenger,est en possession d'un bénéfice constitué par les biens de Saint-Julien de Brioude 4. Ses prédécesseurs en ont sans doute joui, comme lui-même et ses successeurs 5. De même, les biens du monastère de Saint-Maixent ont été quelque temps, par le bienfait des rois antérieurs à Louis le Pieux, au pouvoir des comtes du pays 6. Vers le milieu du IXe siècle, les diplômes royaux délivrés à l'église d'Autun rappellent que des biens lui furent autrefois
i. M. Pôschl (Bisclwfsgut, I, 130 et suiv.) met bien en lumière le fait que l'origine du comitatus est lié au renouvellement des sécularisations. Toutefois la formule de M. Pôschl « dass das Grafschaftsgut aus dem Bistumsgut hervorgegangen war » (p. 135) nous paraît être trop absolue. De même que les bénéfices des autres vassaux ne sont que partiellement créés aux dépens des églises, une dotation a été constituée aux comtes, partie avec des biens du fisc, partie avec des biens ecclésiastiques. Un capitulaire de mars 806 fait en effet figurer les comtes, comme les évêques et abbés, parmi ceux qui ont des s bénéficia regalia tam de rébus ecclesiae quamque et de reliquis » (18, Cap., I, 132). Un autre capitulaire de 811-3 ordonne de faire l'inventaire des bénéfices des évêques, abbés, comtes et vassaux du roi, ainsi que des fiscs royaux, afin que le souverain sache exactement ce qui lui appartient dans chaque missaticum (7, p 177). Donc les évêques, abbés et comtes détiennent comme bénéfice des biens qui sont au moins partiellement des propriétés du roi.
2. Dipl. de Zwentibold, 5 févr. 898 : « ex eodem episcopio... nec amplius requiri censuimus, quia comitatum de eo factum esse dinoscitur » (Beyer, UB, Mittehh. Territ., 143, I, 209).
3 Cf. plus haut, p. 62, n. I.
4. Rétablissant un abbé et des chanoines à Saint- Juiien, le comte Bérenger donna « res ex beneficio suo, scilicet de rébus... ecclesiae sancti Juliani » (Dipl. de Louis le Pieux, 4 juin 825, HF, vi, 547). La réforme a été faite plus tôt, car, en sept. 819, l'abbé de Saint-Julien, Ferréolus, fait un échange avec le comte (A. Bruel, Essai sur la chronol. du cart., App. 4, Bibl. ec. Chartes, xxvn, 507).
5. En février 855 le comte Bernard est recteur de Saint- Julien {Cart. de Brioude, 77, P- 97) qui, grâce sans doute au privilège d'immunité et de mainbour obtenu de Pépin d'Aquitaine le 12 mars 836 (340, p. 404), a repris la condition d'un monastère royal.
6. Dipl. du 10 oct. 827 : « per beneficium regum antecessorum nostrorum in potestate comitum aliquamdiu constitutum esse » (HF, vi, 553). Louis le Pieux rend une part des biens, sans doute celle qui était incorporée au comté, laissant provisoirement aux autres bénéficiers la jouissance des biens qu'ils occupent. Le 22 déc. 825, Pépin I rendait au monastère, à la prière du comte Bernard, une villa sise en Poitou que ce comte avait en bénéfice (p. 664).