S6 LE COMTÉ DOTÉ AUX DÉPENS DES ÉGLISES
enlevés et réduits aux usages des comtes, à une date déjà ancienne, par les prédécesseurs de Charles le Chauve ; six manses ont été tenus jadis en bénéfice par le comte Théodinus puis par deux autres, Thierry, fils du précédent, et enfin Aldric 1. La spoliation remonte, semble t-il, à la troisième génération et c'est par conséquent au temps de Charlemagne ou de Pépin, que le bien a été incorporé au comté. On se souvenait aussi, sous le règne de Charles le Chauve, qu'autrefois des biens de la basilique de Saint-Vrain, à Gennes, avaient été aux mains des comtes d'Angers 2. Les propriétés qui avaient été ravies jadis au temps des prédécesseurs de ce roi à l'église de Châlons, on les trouve sous son règne en la possession des comtes 3.
Quand au IXe siècle on signale, par exemple à Autun, à Châlons, des biens enlevés autrefois pour être joints au comté, il est permis de rapporter ces sécularisations à l'époque de Charlemagne ou de Pépin, au temps où se constitua la dotation des comtes. Il se peut, bien que la preuve n'en puisse être faite, que tous les biens d'église signalés au cours du IXe siècle comme appartenant aussi au comitatus, y aient été incorporés ainsi à l'origine
Maintes spoliations infligées aux églises, sous Pépin et Charlemagne, par des fonctionnaires royaux se rattachent sans doute à la constitution du comté. Par ordre du roi, les comtes se mettent en possession de biens d'église affectés à leur comitatus. L'auteur des Miracles de Saint- Vaast rapporte qu'au temps de Pépin et de Carloman, le comte d'Arras, Thibaut, cherchait à enlever aux moines de Saint-Vaast une
i. Dipl. de Charles le Chauve, 29 avril 861 : « reddimus ecclesiae... quasdam res quae ab ecclesia sublatae fuerant et in usus comitum redactae, hoc est mansos sex, quos olini Théodinus cornes in beneficio habuit et postca Theodoricus filius ejus, indeque A'dericus comités » (Cart. de V église d'Atttun, 8, 1, 12). Cf. dip1. de Louis le Bègue et de Carloman restituant des biens « olim a pravis antecessoribus nostris ab episcopatu sublata... et comitatui sociata » (cités plus haut, p. 73, n. 2).
2. Dipl. du 15 août 850, cédant à Saint-Maur des biens en Poitou : « videlicet quicquid in jam dictis locis. Andegavinus quicumque cornes ex rébus sancti Veterini olim habuisse... cognoscitur » {HF, vm, 515).
3. Le 9 juin 875, Charles le Chauve restitue Yabbatiola de Saint-Sulpice tenue par e comte Geoffroy, laquelle «per... iniquorum hominum cupiditatem, tempore
quorumdam antecessorum nostrorum, distracta esse noscitur » (Pélicier Cart. de Codions, 19). Le 15 mai 866, il rendait « quicquid Gerardus cornes... aut ex rébus quae fuerant ejusdem sancti Stephani aut ex fisco nostro habuit » (p. 35). Le 25 mars 900, Charles le Simple, à la prière du comte Alédrannus, restitue «quasdam res jamdicte ecclesie quondam subtractas et comitatibus eius, videlicet Camsiacensi et Pertensi sociatas » (p. 4). Ces biens avaient été incorporés quondam aux comtés de Changy et de Perthes, sans doute bien avant qu'Alédrannus obtînt ces comtes. Le 20 sept. 921, Charles le Simple restitue des biens que le défunt comte Etienne avait tenus et qui avaient été enlevés olim à l'église (p. 2).