DES DROITS RÉGALIENS
A LA FIN DE L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE
LILLE FACULTÉS CATHOLIQUES
Économat, Boulevard Vauban, 60
INTRODUCTION
Après avoir décrit méthodiquement l'ensemble des usages et des règles que les Carolingiens appliquent à la propriété d'église au temps où ils sont obéis partout, nous abordons l'époque où le pouvoir souverain s'affaiblit et se partage. Les rois cessent de promulguer des Capitulaires qui ne seraient plus appliqués. La législation carolingienne tombe en désuétude, et avec elle sont abolies les dispositions qui réglementaient l'usage fait par les rois des biens d'église. La protection qu'ils étendaient sur toutes les églises s'est limitée effectivement à un petit nombre ; l'exploitation qu'ils faisaient de leurs églises s'est réduite dans la même proportion. Nous examinerons dans quelle mesure cette dissolution laisse subsister les droits régaliens que s'était arrogés sur les églises le pouvoir souverain et par qui ces droits sont dès lors exercés.
Limitée à l'enjeu si considérable que représentent les églises et leurs biens dans le conflit d'appétits et d'intérêts déchaînés au Xe siècle en France par la carence du pouvoir central, cette étude fera apparaître comment peu à peu, sur les ruines de l'édifice carolingien, le régime seigneurial s'organise, pour une part encore, aux dépens des églises et, d'autre part à leur avantage, puisqu' elles-mêmes se constituent en seigneurie. Elle montrera aussi comment le mouvement de réforme qui se dessinait déjà au IXe siècle, se précise et s'accentue, préludant au grand effort qui sera fait au siècle suivant pour libérer les églises de l'envahissement du pouvoir sécu-
VI INTRODUCTION
lier, dont l'avènement des Carolingiens avait donné le signal et dont la législation des Capitulaires avait fait une règle.
Nous marquons ainsi le terme où aboutit, à la fin de l'époque carolingienne, la politique de sécularisation des églises et des biens d'église. Un premier fascicule en a retracé le développement, le second en étudiait les principes et les formes. ( elui-ci déterminera quelle attitude prennent vis-à-vis de la propriété ecclésiastique les trois éléments d'ordre qui se maintiennent ou se dégagent au sein d'une société anarchique, à savoir : la royauté diminuée mais qui représente encore un idéal respecté, les grandes maisons souveraines partiellement ses héritières, et enfin l'Église elle-même qui à certains égards déjà s'émancipe du joug, défend et organise son temporel pour résister aux convoitises dont il ne cesse pas d'être l'objet.