ABBAYES DES ROIS DE BOURGOGNE
Il semble qu'en 942 Louis IV ait donné à Guillaume Tête d'étoupe, comte de Poitou, l'abbaye de Saint-Hilaire 1. La même année, le comte Roger et Eble ont prié le roi de conférer au serviteur de Dieu Martin l'abbaye de Saint-Jean d'Angély 2. De même, en 958, Lothaire déclare faire largesse de Saint-Michel de Cuxa à l'abbé du lieu 3 et, à la prière du comte Boson, livrer aux moines de Cluny Yabbatia de Saint- Amantius, sise au pays de Saint-Paul-Trois-Châteaux 4.
Très réduit aussi est le nombre des abbayes dont disposent dans le même temps les derniers rois du royaume de Bourgogne et Provence. Conrad et Rodolfe III retiennent en leur indominicatum Saint-Maurice d'Agaune et aussi Saint-André le Bas à Vienne, où ils sont recteurs en qualité d'héritiers des rois de Provence 5. Outre ces abbayes dont ils gardent pour eux-mêmes Yabbatia, les souverains bourguignons sont maîtres encore de Saint-Pierre de Montjoux, que Rodolfe III attribue, en 1026, à la reine Ermenjart, de Romainmotier, que Conrad donne en toute propriété à sa sœur Adélaïde 6. Il croyait aussi pouvoir disposer, comme le roi de Francia Lothaire, de Saint-Amantius 7.
Il s'en faut d'ailleurs que toutes les abbayes qui sont dites au pouvoir du roi et qu'à ce titre il confère à un abbé régulier, à une communauté, ou qu'il cède en bénéfice à un séculier, à un laïque, soient alors et restent par la suite effectivement à
Louis IV. Lothaire exerce encore certainement quelque autorité sor Saint-Martial au temps du successeur d'Aimric, l'abbé Guigues, car veau à Limoges en 985, il ordonne à cet abbé de reconstruire les murs du castrum monastique (p. 5). Cf. Cb. de Lasteyrie, L'abbaye de Saint- Martial, 63.
t. Le 5 janv. 942, Louis IV, de passage à Poitiers, confirma la mense conventuelle de Saint-Hilaire à la prière de Guillaume et de son frère Eble (Lauer, 18, p. 46). Le titre d'abbé n'est pas donné à Guillaume, mais il le prend à partir de cette date dans un grand nombre d'actes relatifs à l'administration des biens du monastère (Redet, Doc. S. Hilaire, p. 25-30). Aussi M. Richard (Hist. comtes Poitou, I, 82) pense que le roi a donné l'abbaye au comte pendant qu'il séjournait à Poitiers.
2. 7 janv. : « quatenus abbatiam... cuidam servo Dei, nomine Martino, causa emendandi,... conferre dignaremur » (Lauer, 19, p. 48-9). Le monastère sera sous la défense du roi et de ses successeurs.
3. 9 févr. : « quasdam res, scilicet monasterium in honore sancti Michaelis cuidam abbati ipsius loci largiremus » (Halphen, Rec. actes Lothaire, 11, p. 23).
4. 23 nov., 12, p. 26. Les moines de Cluny se sont fait donner aussi l'abbaye par Conrad, roi de Bourgogne (15 sept. 958, Ch. de Cluny, 1052, II, 146), prenant ainsi leurs sûretés vis-à-vis des deux souverains.