D DROIT ROYAL ET INDEPENDANCE MONASTIQUE
c'est avec la permission du roi Louis, ajoute-t-il, qu'il reconstitue le temporel du monastère 1 ; le roi a consenti à l'échange des biens de l'abbaye que tient Arnoul 2, et Lothaire continuera de délivrer à Saint-Pierre des diplômes d'immunité 3.
Alors que le roi a cessé de disposer effectivement d'une abbaye, on proclame encore que le monastère n'est soumis à personne d'autre que lui. En 968, Lothaire délivrant un privilège à la demande de Soniarius, abbé de Saint-Paul maritime et de Saint-Félix de Jecsal dans la Marche d'Espagne, déclare que ces monastères ne relèvent que du roi de France et ne sont assujettis qu'au pouvoir royal 4. Le fondateur de Sarlat décide lui-même que le monastère sera soumis au roi, mais seulement en vue de la défense 5. Un moine faussaire de Montiérender fait dire, dans le même temps, à un ancien roi que le lieu est sous la providence des souverains et qu'ils devront intervenir si quelqu'un ravit des biens aux moines 6. En vertu de l'idée ancienne qui associe le patronage royal à l'autonomie d'un établissement, on entend par de telles formules fonder et maintenir non pas le droit royal, mais l'indépendance monastique.
C'est au même titre que l'intervention du roi continue d'être réclamée pour ratifier par un diplôme solennel soit la réforme accomplie dans un monastère seigneurial, soit la cession faite d'un monastère à un abbé et à sa communauté. C'est ainsi que Lothaire confirme la restauration du monastère Saint- Bavon par le comte Arnoul 7. Le même roi est prié de donner Saint -Michel de Cuxa à l'abbé du lieu, de confirmer la cession faite à Cluny du monastère de Saint-Amantius par son véritable propriétaire. Louis IV écoute le comte Roger, qui lui a demandé de céder l'abbaye de Saint-Jean d'Angély au serviteur de Dieu Martin 8. Le roi Raoul, à la prière d'Adémar, vicomte de Turenne, qui tenait le monastère de Tulle,
1. Charte d' Arnoul, 939-41 : « monasterium esse sub mea dicione... Permissu tandem régis Ludovici... reddens » (Van Lokeren, 18, p. 24).
2. « dédit... cum consensu Ludovico rege de abbatia quam tenet » (p. 26).