ABBAYES DES PREMIERS CAPETIENS
de l'autorité monarchique. La persistance d'un tel concept aidera plus tard la royauté à regagner le terrain perdu. Saint- Maur, sous les derniers Carolingiens, est bien la propriété des ducs de Francia ; au XIe siècle, Eudes de Saint-Maur fait dire à Hugues Capet devenu roi que cet établissement a toujours été une église royale 1. Henri I, confirmant au comte de Corbeil les droits que sa maison exerce sur Saint-Maur, déclare que cette abbaye n'en est pas moins apostolique et royale 2. Un monastère soumis à l'autorité d'un souverain régional est considéré encore comme abbaye royale, s'il jouit d'un régime privilégié de liberté. En 972, l'évêque d'Angers, Néfingus, délivrant une charte au monastère Saint-Aubin à la prière du comte d'Anjou Geoffroi et de l'abbé Aubert, déclare que Saint-Aubin, où s'exerce pourtant la souveraineté angevine, est au nombre des abbayes royales 3.
La substitution des Capétiens à l'ancienne dynastie, à la fin du Xe siècle, fit recouvrer à la royauté ses droits sur un premier lot d'abbayes seigneuriales. Toutes celles qui l'étaient devenues déjà au profit de la maison des ducs de France s'ajoutèrent aux abbayes royales, restées aux mains des derniers Carolingiens, que purent recueillir leurs successeurs. Les établissements parisiens de Saint-Denis et de Saint-Germain-des- Prés, le monastère de Saint-Riquier au Nord, Saint-Maur-des- Fossés, Saint-Aignan d'Orléans, Saint-Martin de Tours et Marmoutier dans la région de la Loire 4 reprirent rang parmi les monastères dont le roi cédait ou retenait pour lui Yabbatia. Par la suite, la monarchie rétablira son droit sur les abbayes soit directement, en faisant valoir ses prétentions en dépit des libertés du monastère ou du do-ninium exercé par le souverain régional, soit en recueillant les abbayes avec les autres possessions des grandes maisons que le roi exproprie ou dont il hérite, en dépouillant la haute féodalité, comme elle l'avait jadis dépouillé lui-même.