SEIGNEURS FONDATEURS DE MONASTÈRES
XIe siècles construisent, dotent ou restaurent des monastères, comme l'avaient fait leurs ancêtres, mais tandis que dans les temps précédents, le souci d'assurer les destinées d'un établissement en faisait faire cession au roi, il conduit désormais le fondateur à ne s'en dessaisir qu'en faveur soit de l'abbé et de la communauté qu'il y établit et qui ne dépendront d'aucun séculier 1, soit de l'abbé d'un autre monastère qu'il charge d'y régler et d'y maintenir la stricte observance 2, soit enfin du siège romain qui sera le gardien de la liberté et de la régularité des moines 3. Si les fondateurs n'ont pas à cœur au même degré les intérêts du monastère, ils en gardent pour eux-mêmes et leurs héritiers la propriété 4 ou l'attribuent à une autre église 5. Il y a déjà, à cet égard, perte pour la
i. Bernard, comte de Périgueux, qui restaure, vers 937, Saint-Sauveur de Sarlat, déclare qu'il a craint de retenir la propriété du monastère «sub jure meo» ; en conséquence « praedictum locum cum omni abbatia ad euni pertinentia in potestate sancti Salvatoris de mea dominatione transposui » (Gall. Christ., II, Instr., col. 495). C'est sans doute aussi le cas pour Paray, fondé en 973 par Lambert, comte de Chalon, qui charge l'abbé de Cluny d'organiser le monastère, mais n'a pas songé, semble-t-il, à le soumettre à Cluny, qui n'en prend possession que plus tard (cf. Sackur, Die Cluniac, I, 241-2).
2. En 937, Gotescalc, évêque du Puy, restaurant Saint-Chaffre, ancien monastère royal, tenu par ses prédécesseurs en bénéfice, a prié Arnoul, abbé de Saint-Géraud, « ut praedictum locum in sui dominio susciperet et fratres ibi regulariter... viventes delegaret » (H L, V, Pr., 70, col. 180). En 951, l'évêque de Mende, Etienne, rétablissant Sainte-Énimie, a adressé àl'abbé de Saint-Chaffre la même prière; il stipule que le monastère sera à perpétuité « in potestate et dominio seu subjectione... cœnobii sancti Theofredi » (91, col. 211). Etienne, vicomte de Gévaudan, donne aux moines de Saint-Chaffre les biens nécessaires à la fondation du monastère de Langogne (Cart. S. Chaffre, 376, p. 130) ; Gibo leur attribue ce qu'il possède à Confolens « ad monasterium construendum quod foret semper in subjectione monasterii » (55, p. 49). Les fondateurs de plusieurs monastères se sont adressés aux moines de Vabre qu'ils ont constitués propriétaires (chartes de 926, 943, c. 984, H L, 1 1, 207, col. 413 ; V, 78, col. 193 ; 137, col. 298). Tel est l'objet des donations faites à Cluny de Fleury par Elisiard (Vita Odonis, III, 8, Mabillon, A S, V, 180), de Saint-Marcel de Chalon par le comte Geoffroy (Charte de Thibaut, p. 750), de Lérins par le pape Benoît VII (22 avril 978, p. 748), de Sauxillang^s par l'évêque de Clermont, Etienne (c. 950, Ch. de Cluny, 792, I, 743), de Nizy par l'archevêque de Lyon, Amblard (9 août 978, 1450, 1 1, 504), de Paray par le fils du comte Lambert, Hugues (mai ? 999, 2484, 1 1 1, 564).
3. L'exemple en est donné en Gaule (863-8) par le comte Gérard, qui cède à l'église romaine les monastères qu'il fonde à Pothières etàVézelay. En 881, l'impératrice Richarde donne à Saint-Pierre le monastère qu'elle construit à Andlau. Géraud lui offre, en 884, celui qu'il fonde à Aurillac. En 910, Guillaume-le-Pieux remet aux saints Apôtres sa fondation de Cluny ; Ebbon leur donne Bourgdieu, en 917 ; le comte Raimond Saint-Pons de Tomiéres, en 937, etc. (cf. P. Fabre, Étude sur le liber censuum, 40-57).
4. Les comtes du Poitou gardent ainsi les monastères qu'ils fondent à Maillezais et à Bourgueil ; cf. Pétri Malleacensis relatio, 1 1, 3 : « Burgulensis ecclesiae curam ad eumdem principem ceuvMalliacensis quippe a se et a génitrice fundatae, jure fundatoris pertinere » (Migne, CXLVI, 1265).
5. En 987, Pons, comte d'Albi, donne le monastère d„ Saint-Eugène, qu'il a établi à Vieux, aux chanoines de Sainte-Cécile d'Albi (H L, V, 142, col. 305)- Les évêques qui, au Xe siècle, fondent des monastères, les attribuent le plus souvent à