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ENVAHISSEMENT DES MONASTÈRES ÉPISCOPAUX

royauté, qui ne recueille plus des droits qui jadis lui étaient en pareil cas dévolus très ordinairement. Par là aussi s'enracine le concept de l'abbaye seigneuriale. Même quand le grand seigneur renonce à en user comme d'une propriété ordinaire, il exerce sur les établissements créés aux frais de sa maison les droits souverains qui jadis appartenaient au roi ; l'abbaye des monastères fondés par lui ou ses ancêtres figure parmi celles dont se compose la seigneurie. De même que jadis les monastères du fisc ont déterminé la condition faite à tous les monastères royaux, l'origine patrimoniale de quelques-unes des abbayes tenues aux mains du seigneur consolidait sur elles son dominium.

Quand la féodalité naissante se saisit d'abbayes, ce n'est pas à la royauté seule qu'elle les arrache. Parmi celles dont disposent les grands seigneurs, il en est qui appartenaient autrefois à un évêché ou à un autre monastère. L'abbaye de Saint-Marcel de Chalon a été perdue par l'évêché au profit des comtes qui, au IXe siècle, en cèdent la propriété aux moines de Cluny 1. Montiérender a été ravi aux évêques de Toul par Herbert II, comte de Troyes et de Meaux 2. En 904, l'abbé de Sorèze a vendu le monastère de Saramon qui dépendait de son abbaye à Garcias, comte de Gascogne. A la mort de celui-ci,

leur chapitre ou à leurs successeurs. Il eu est ainsi du monastère Saint-Pierre du Puy, fondé vers 975 par l'évêque Guy et donné par lui aux chanoines de son église épiscopale (Chron., H L,V, 17).

1. Bien que fondé parle roi Gontran, Saint-Marcel était devenu au IXe siècle un monastère épiscopal. Il a passé, peut-être par la voie du bénéfice tenu de l'évêque, aux mains des comtes de Chalon. Dès 924, on voit la comtesse Ermenjart et son fils Gilbert de Vergy céder en mainferme des terres de Saint-Marcel (Canat de Chizy, Cart. S. Marcel, 27, p. 28). En juin 960, l'évêque Frotgarius disposait d'un bien du monastère « per assensum Rotberti comitis qui... abbatiam tenebat sancti Marcelli » (Gall. Christ., IV, Instr., col. 226). Le comte Lambert souscrit et approuve. Saint-Marcel est encore à cette date une propriété de l'évêché, puisque la cession est faite par l'évêque ; l'abbaye était tenue par le vicomte Robert de Dijon (cf. F. Lot, Comtes de Dijon et de Chalon, dans Les derniers Carol., App. V, 326), soit de l'évêque, soit, comme le conjecture M. Lot (p. 327, n. 1) du comte Lambert, son fils, devenu comte de Chalon. Par la suite, l'abbaye passe certainement aux irîains des comtes. Le comte d'Anjou, Geoffroi Grisegonelle, qui après la mort du comte Lambert a épousé sa veuve Adélaïde, fit don en effet du monastère à Maieul (commendationem sive donationem fecit), afin que les abbés de Cluny « perpetualiter haberent et possiderent • (Charte de Thibaut de Chalon, Mabillon, A S, V, 750). La donation en toute propriété a été faite avec l'approbation du duc Henri, mais il n'est fait aucune mention des droits de l'évêché, périmés sans doute à cette date. Le comte Hugues, évêque d'Auxerre, qui recueille ensuite le comté de Chalon, confirma cette donation en faveur d'Odilon (monasterii donum tradidit) ; son neveu et successeur Thibaut la ratifia à son tour (loc. cit.). En 988-9, le vicomte de Chalon, Robert renonce en faveur de Saint-Marcel où préside Odilon à de mauvaises coutumes qu'il percevait. (Cart. S. Marcel, 8, p. 14).

2. Vita Gerardi Tull. episc, 21 : « totam abbatiam Dervensem abstulit et possedit • (SS, IV, 503). L'hagiographe ajoute que son fils Etienne l'usurpa et la tint comme lui.

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