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LE « COMITATUS » ET LES SECULARISATIONS

à Coire comme ailleurs, Yepiscopatus fut-il mis à contribution pour constituer la dotation du comte, au su et par l'ordre du souverain 1. En tout cas, Rodéric trouvait insuffisant le lot de biens fiscaux dont la jouissance lui a été attribuée comme dotation de son comté2 et, de sa propre autorité, il arrondissait le comitattis aux dépens de l'évêché de Coire, des monastères et églises du pays.

La constitution du comitatus n'est d'ailleurs qu'un aspect particulier de l'établissement des fidèles du prince aux dépens du temporel des églises. Ce n'est pas au seul effet d'attribuer une dotation à leurs comtes, que Pépin et Charlemagne ont repris la pratique des sécularisations. Le comitatus reçut une tranche de biens d'église, parce que le souverain assignait indifféremment en bénéfice à ses fidèles soit des domaines d'origine fiscale soit des biens ecclésiastiques.

Pour une part, les propriétés d'église dont disposent ainsi les rois, avaient été sécularisées avant la réforme et sont simplement retenues par eux conformément au capitulaire d'Estinnes, attribuées au décès d'un bénéficier à un autre fidèle ; mais comme cette source coulait trop lentement au gré des

i. L'évêque représente cette destructio, praeda, comme une violence imputable exclusivement au praedator Rodéric et à son pravus socius Herluin, « post acceptum comitatum ». Ni Charlemagne qui attribua le comté à Rodéric, ni Louis le Pieux ne l'ont autorisé, déclare Victor, à empiéter ainsi sur l'évêché : «eo quod injuste absque voluntate vel jussione bone memoriae genitoris vestri vel vestram et absque iudicio ullo, tantum per violentiam, sedis illa Curiensis esset destructa ». Pourtant les enquêteurs ne firent rendre à l'évêché qu'un hôpital et deux églises (Dipl. de Louis le Germ. cité). Si l'évêque obtint si peu, est-ce seulement parce qu'il réclamait des biens d'origine fiscale ? Ne serait-ce pas aussi parce que des églises et curies de l'évêché ont été incorporées au fisc et que la preda, quoiqu'en dise l'évêque, a été commandée par Charlemagne. Au cas où des biens de l'église auraient été, à Coire comme ailleurs, associés au comté ou cédés à divers personnages «per verbum régis », la violence infligée par Rodéric à l'église se trouverait couverte et les missi n'auraient pas le droit de la réparer. Ils se seraient contentés de rendre les biens que Rodéric avait enlevés sans instructions. Le polyptyque publié par Mohr (Codex diplom., 1,383) est, pense-t-on, un fragment de la descriptio, faite alors par les missi, des biens fiscaux sis en Rhétie (G. Caro, Ein Urbar des Reichsguts in Churrâtien ans der Zeit Ludwigs des Frommen, dans les Mitteil. Inst. ôsterreich. Geschichtstorsckung, xxviii, 261). Ce brevis décrit peutêtre, avec les biens d'origine fiscale, ceux qui, enlevés à l'église, ont été incorporés au fisc et se trouvent, comme les premiers, à la disposition du souverain. Ce n'est pas dès lors sans quelque raison qu'on aurait cru plus tard y reconnaître un polyptyque de l'église de Coire.

2. Il n'est pas dit expressément que les biens soustraits à Yepiscopatus forment le comitatus de Coire. Aux termes de la plainte adressée par l'évêque à Louis le Pieux, ils sont cédés en toute propriété à divers personnages, par précepte de l'empereur et à son insu. Des préceptes émanant de la chancellerie disposaient de ces biens réputés fiscaux, dont la jouissance n'est donc pas réservée exclusivement au comte. Il a saisi pour la pars royale, en qualité d'agent du roi, les biens d'origine fiscale dont jouissaient précédemment les comtes évêques et les biens ecclésiastiques sécularisés par ordre du souverain. Mais une tranche des biens dont l'évêque a perdu la iouissance, constitua au moins pour une part la dotation du comté.

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