COMTÉ ET ÉVÊCHÉ A COIRE
terre voisine de ia villa royale siège de son comté. Le comte de Reims est venu lui prêter main-forte, sur l'ordre du prince *. Souvent sans doute, ces agents dépassent leurs instructions et prennent plus qu'il ne leur a été attribué. Après la séparation faite à Coire du comté et de l'évêché, Rodéric qui a reçu le comté, se comporte, s'il faut en croire l'évêque Victor, comme un brigand2. A la vérité, il semble que l'évêque tienne pour injustement dérobés à son évêché les monastères et les églises qui appartenaient au fisc 3. Mais Rodéric avait dépouillé aussi l'évêque de biens sur lesquels le fisc n'avait aucun droit 4. Peut-être
i. Mirac. s. Vedasti, II, 9 : « Ambiebat fratribus auferre quandam culturam cum horto, quia sedes comitatus videbatur in dominica curte, cui villae proxima erat ipsa cultura » [SS, xv, 401).
2. Ep. var. 7 : « Quae destructio vel preda post illam divisionem quam bonae memoriae genitor vester inter episcopatum et comitatum fieri praecepit,... subito a Roderico... post acceptum comitatum facta est » [Ep., v, 309). La divisio de Vepiscopatus et du comitatus à Coire a bien le caractère d'une séparation faite entre les charges épiscopales et comtales précédemment tenues par les mêmes mains, sépation qui entraîne celle des dotations du comté en biens fiscaux, de l'évêché en biens ecclésiastiques 'cf. U. Stutz, Karls des Grossen Divisio vonBistumund Grafschaft Chur, dans les Hist.AujsàtzeK. Zeumer, 101-152). M. Pôschl {Bischotsgut und Mensa episcopalis, I, 129 et III, 93, n. 2) maintient, à tort, croyons-nous, qu'il s'agit ici d'une divisio du bien épiscopal entre le comté et l'évêché dans le style des sécularisations de biens d'église pratiquées ailleurs.
3. Comme l'a montré M. Stutz (Divisio, 136 et suiv.), il y a conflit entre la conception juridique que se fait Victor de ses droits sur les églises rurales et monastères de son diocèse, et les prétentions du fondateur ou du propriétaire du sol. Le comte Rodéric a retiré à Victor la jouissance des monastères royaux et des églises fiscales, qui ne lui était pas disputée au temps où l'évêque exerçait les fonctions comtales et représentait la pars du roi. Il nous paraît d'ailleurs que Victor ne s'en tient pas non plus strictement à l'ancienne discipline. Celle-ci attribuait aux évêques potestas sur les églises sur juris sises dans leur diocèse, mais ne reconnaissait pas à l'église épiscopale un droit de propriété sur elles. Aux prétentions du fondateur à la propriété, l'évolution du droit oppose des prétentions identiques de la part de l'évêque. Victor déclare que les évêques de Coire avaient toujours été propriétaires de ces églises : « antiquitus semper ab episcopis fuerant possesse » (p. 309). Il s'agit de « ecclesiasticae res quae ad episcopatum legibus pertinent » (p. 310). Cf. Hisl. propr. ecclés. époque mérov., JJ. Il n'en est pas moins exact qu'il y a ici conflit entre deux concepts différents et c'est sans doute l'une des raisons qui firent débouter l'évêque de sa plainte, pour la plus grande part des biens revendiqués par lui.
4. Les réclamations de Victor ont pour objet non seulement les églises, mais les grands domaines, ménages de serfs et autres^ biens dont son évêché a été spolié : « Tulerunt et reliquas ecclesias vel curtes, servos et ancillas et omnia in quibus illorum animus delectabat » (loc. cit.). Après la séparation du comté et de l'évêché, l'évêque n'aurait rien eu à prétendre sur ces biens fonciers, s'il s'était agi de fiscs et de serfs royaux. Victor déclare qu'il avait sur ces biens les titres de propriété les mieux fondés (de quibus nos auctoritatem firmam habemus),sans doute des chartes de donation et des diplômes royaux confirmant ces biens à l'église de Coire. Les églises laissées àl'évêché ont été, dit-il, spoliées (et ipse maledepraedate). Le monastère de Pfeffers, l'un de ceux qui ont été soustraits, à titre de monastère fiscal, à l'évêché, a été lui aussi dépouillé par Rodéric (Dipl.9 juin 831, BM 892). Les enquêteurs envoyés par Louis le Pieux ont fait d'ailleurs remettre quelques propriétés à l'église de Coire (Dipl. interp. 25 juill. 831, BM 893 ; Dipl. orig. de Louis le Germ.;
12 juin 849, BM 1393), comme au monastère de Pfeffers (Dipl. cité).