SOUVERAINETÉ SUBSTITUÉE A L'« ABBATIA
l'abbé régulier Odilon ; dès lors, Gilbert n'est plus que le maître de l'abbaye, le senior des moines. Après lui, le duc Conrad exerce dans les mêmes conditions les droits souverains sur l'abbaye gouvernée par l'abbé Odilon 1. Le duc de Bourgogne, Henri, renonce nécessairement à Yabbatia de Saint- Germain d'Auxerre quand il fait réformer le monastère par saint Maieul qui y établit un abbé régulier 2. La maison d'Anjou s'est désistée de toute prétention à retenir pour elle Yabbatia de Saint-Aubin, lorsqu'elle concède aux religieux le droit d'élire leur abbé 3 ; mais c'est dès lors le comte qui le nomme et l'investit de sa charge 4. Le grand seigneur qu'on voit commander le rétablissement de l'observance, restituer les biens, remettre Yabbatia qu'il résigne aux mains d'un régulier, ne fait par là qu'achever l'usurpation des droits royaux sur l'ancien monastère royal. La réforme consomme et régularise ce qu'avait commencé Yabbatia des séculiers. Le dominium des rois qui avaient jadis cédé l'abbaye aux comtes abbés, est recouvert et évincé par celui des seigneurs qui abdiquant la qualité d'abbé ont pris celle de souverain. La défaillance du pouvoir royal dans les régions où il cessait de se faire sentir a suffi aussi à faire passer les abbayes aux mains du souverain local. Que Charles le Simple et ses successeurs se soient désistés ou non de leurs droits sur les abbayes des pays cédés aux ducs normands, ceux-ci s'assujettirent tous les monastères de leur duché. Les comtes de Poitiers exercent sur les établissements religieux de leur seigneurie les droits que les rois ne sont plus en état de maintenir en Aquitaine. Les abbayes du comté sont sous leur souveraineté, comme Saint-Hilaire dont ils s'intitulent abbés 5. L'abbaye
i. Gilbert est signalé comme abbé de Stavelot le 14 avril 915 (Halkin Roland, Rec. ch. Stavelot, 53, p. 126), le 25 août 922 (55, P- 132), le 2 oct. 926 (56, p. 135), le 3 juin 927 (57, p. 137). Une charte de 930-1, signale la présence « senioris nostri ducis Gisleberti » (58, p. 139). Une autre du 30 oct. c. 932 expose que le comte Albert a prié son parent, le duc Gilbert, « cujus dinoscitur fore abbatia », de lui permettre do recevoir en précaire, des biens du monastère (60, p. 143). L'abbé fait peutêtre ici déjà place au souverain. En tous cas, l'abbé régulier Odilon a été installé à Stavelot avant la mort de Gilbert (cf. Halkin, Roland, Introd., III). Le duc Conrad, en 947, exerçait souveraineté à Stavelot (regebat) et concédait une terre en précaire avecleconsentement.de l'abbé et de l'avoué (plus haut, p. 13, n. 2) ;il n'avait donc ni l'une ni l'autre de ces qualités. Le 6 août 953, l'abbé Odilon fait un échange « cum consensu Cuonradi ducis atque advocati Erenfridi » (72, p. 166).