LES SEIGNEURS RENONCENT A L'« ABBATIA
n'est sans doute pas étranger à la réforme que saint Maieul introduit à Marmoutier en y établissant Guillibert pour abbé1. Arnoul de Flandre cesse en fait d'être abbé à Saint-Bertin, Saint-Bavon, Saint-Pierre-au-mont-Blandin, Saint-Vaast, Saint-Amand, du jour où il ordonne la réforme de ces monastères et il prend désormais vis-à-vis d'eux l'attitude d'un souverain 2. Il n'y a plus d'abbé laïque à Moyenmoutier et à Saint-Dié quand Frédéric I a fait réformer les monastères par Adalbert de Gorze ; ce religieux a reçu de sa largesse le gouvernement de Moyenmoutier 3. Gilbert, duc de Basse- Lorraine, a été après son père Régnier abbé laïque de Stavelot, mais s'est vraisemblablement démis de la charge en faveur de
semble-t-il, alors, entre gg\ et 996, que Hugues et Robert établirent Vivien, abbé de Saint-Denis (;< genitor noster... nosque pariter compatientes... abbatem praefecimus », Dipl. de Robert, 17 mai 1008, Tardif, 250, p. 159) dont Vordinatio est rapportée par le Chron. S. Dion. (Bibl. éc. chartes, XL, 275) à l'année 1008.
1. Suivant une charte d'Etienne de Blois (c. 1096), la restauration de Marmoutier fut l'œuvre de son aïeul Eudes F, comte de Blois et Chartres, et du frère de celuici, l'archevêque de Bourges, Hugues. Eudes 1, le jour de l'Invention de la Sainte Croix de la 39e année de Lothaire (29e?, 3 mai 983), délivra aux religieux de Marmoutier une charte de restitution (Martène, Pr. de l'hist. de Marmoutier, B. N., lat. 1287S, f° 46). Il est désigné dans une charte de 987 comme >< ejusdem monasterii instructoris et defensoris » (A de Martonne, Charte de fondation du, prieuré de Tavaut, dans la Bibl. éc. chartes, 1858, p. 368). Les deux frères établirent à Marmoutier Guillebertus comme abbé par les soins de saint Maieul (Mabille, Cart. de Marmoutier pour le Dunois, 92, p. 86 ; cf. Sackur, Die Cluniacenser, I, 246). Ce personnage est abbé de Marmoutier dès 987. (Coll. M or eau, X IV, 1). Suivant Martène (Hist. de Mirmoutier, publiée par l'abbé Chevalier, I, 201-2), le comte de Blois a demandé à Maieul, en 982, d'envoyer à Marmoutier une colonie de religieux. Maieul est dit abbé de Marmoutier dans une charte sans date (c. 990) du chanoine Hélannus (Pr. de l'hist. de Marm., f° 47). Le duc de Frar.aa qui, en 937, prenait encore le titre d'abbé de Marmoutier et de qui, en 970, est tenue la portaria du monastère (plus haut, p. 15, n. 4), eut sans doute part à cette réformation. A supposer qu'Hugues Capet ait cédé cette abbatia à Eudes, il maintenait sur elle son dominium.
2. Voir pour Saint-Bertin p. 19, n. 1. A Saint-Bavon, le comte Arnoul, à la prière de l'évèque de Noyon-Tournai « sanctum Gerardum Bononiensem abbatem dicti Gandensis cœnobii constituit et rectorem » (Ann. Gand., 937, S S, II, 187). Gérard résigne sa charge en 953 « et per Arnulfum comitem Flandriae et Rodulfum Noviomensem episcopum, Hugonem Gandensis cenobii abbatem sibi substituit > (p. 188). L'ancien comte abbé donne ici visiblement l'investiture de l'abbaye, tandis que l'évèque bénit le nouvel abbé. Gérard remplit aussi après la réforme les fonctions abbatiales à Saint-Pierre-au-mont-Blandin (Catal. abb. Bland., S S, XV, 645) ; c'est le comte Arnoul qui l'en a fait abbé : >i abba Gerardus receptus est ab Arnulfo inBIandiiiio» (S S, V, 25) A Saint-Amand, « abbatiam, convocatis episcopis... ordi-, naxi fecit et omnes possessiones ipsius abbatiae ipsi restituit et insuper de suo multa contulit » (Ann. Elnon. min., 952, S S, V, 19). Dans ses monastères, le comte Arnoul agit en souverain, il ordonne (jubente), fait réformer (ordinari fecit), rend les biens aliénés, comme jadis l'eut fait le roi. Après lui, le comte Baudouin prend soin de l'abbaye de S. Bavon que gouverne Eremboldus « marchiso Baldwino procurante abbatiam sancti Bavonis, domno etiam Eremboldo eam régente » (Transi, s. Bavonis 1, S S,- XV, 597).
3. Cf. plus haut, n. 5 de la p. 16. A Saint-Dié, Adalbert se fit suppléer par un certain Erchembert qui dissipa les biens du monastère. Ce personnage fut chassé par le duc Frédéric à qui il offrait de l'argent ; le duc remplaça par des chanoines la communauté qu'il avait voulu réformer (Richer, Gesta Scnon. eccles., 1 1, 10, S S, XXV, 275}