‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1034 sur 1164 · SEIGNEURS SUBSTITUÉS AU ROI · texte numérisé non relu

SEIGNEURS SUBSTITUÉS AU ROI

de Saint-Martial de Limoges qu'un carolingien avait peut-être encore donnée à Aimric est, à la fin du Xe siècle, à la disposition des vicomtes de Limoges, sous la suzeraineté des comtes du Poitou l. Le duc de Haute-Lorraine, Frédéric I, explique le chroniqueur de Moyenmoutier, voyait l'abbaye proche de sa terre et privée par l'éloignement du patronage royal ; aussi lui fut-il facile de l'assujettir à son dominium, qu'il transmit à ses héritiers à titre de protection 2. Le duc de Bretagne, Alain le Grand, qui cède aux évêques d'Angers, aux environs de l'an 900 le monastère Saint-Serge 3, en avait évidemment usurpé la propriété.

seu ad beneficium Ebbonis » (Besly, Hist. comtes Poitou, Preuves, 221 ; cf. Richard, Hisi. comtes Poitou, I, 55). Le même Eble attribue Saint-Maixent à Aymar (Richard, Chartes S. Maixent, Instr. I, p. I.XIV ; cf. Hist. comtes Poitou, loc. cit.). Vers 955, Guillaume Tête d'étoupe autorise Gilbert son fidèle et abbé de Saint-Maixent à ■:éder à cens des biens « ex suo beneficio de abbatia sancti Maxentii » (Chartes S. Maixent, 27, p. 42). Tête d'étoupe aurait disposé de cette abbaye en faveur de son frère Eble : « Hic germano suo abbatiam sancti Hilarii ac sancti Maxentii... preabuit » (Ademari chron., III, 25, p. 146 ; Chron. s. Max., Marchegay, Chron. égl. d'Anjou, 376). Toutetois, ces chroniques font certainement erreur quand elles donnent à Eble la qualité d'abbé de Saint-Hilaire ; il n'a été que trésorier de l'abbaye qui demeure dans Y indomini catum du comte. La cella de Saint-Michel en l'Herm était tenue en bénéfice de Guillaume Fiérabras par le vicomte de Thouars, Aimery ; à sa prière, il en fit don, en 994, à Saint-Florent de Saumur (Gall. Christ., II, Pr., col. 410). On ne voit pas que les comtes du Poitou aient fait don de l'abbaye de Saint-Cyprien ou soient intervenus dans l'élection des abbés ; mais au X Ie siècle, ils ont certainement pris vis-à-vis des moines de Saint-Cyprien la qualité de souverains. Une charte est datée « régnante Rotberto rege, présidente I ictavis Wil'elmo duce » (Cart. S. Cyprien, 310, p. 195). Guillaume le Grand et ses successeurs accor dent aux moines des privilèges, comme le faisaient jadis les rois (17, 20, p. 22-3), des exemptions, abolitions de mauvaises coutumes (19, 64, p. 23 et 58). Entre 1073 et 1087, Guy-Geoff roi-Guillaume autorise les moines à retenir près d'eux « quatuor homines de quoeumque velint ministerio ita ut jam neque michi neque meis reddant aliquam consuetudinem, sed sint soluti ab omni servitio meo, ipsi et omnia sua et sui omnes domestici qui erunt de familia sua » (18, p. 22-3) — Vraisemblablement dès la restauration faite vers 934 du monastère par l'évêque de Poitiers, du consentement du roi Raoul et de Guillaume Fiérabras (3, p. 5), les comtes de Poitou exercent dominium sur Saint-Cyprien, dont ils sont les grands bienfaiteurs et approuvent très souvent les acquêts dus aux libéralités de leurs vassaux et sujets.

1. En 998, l'abhé Adalbaud « a Widone, vicecomite sive ab episcopo Lemovicensi eligitur abbas monasterii s. Martialis » (Cart. d'Uzerche, dans le Bull. soc. de la Corrèze, 1887, p. 404). Sous l'abbé Geoffroy, le vicomte Guy puise dans le trésor d~ l'abbaye de quoi payer aux Normands la rançon de sa femme (Ademari citron., III, 44, éd. Chavanon, 167). Un peu plus tard, l'évêque de Limoges, Audouin fait main basse sur le trésor de Saint-Martial « quia in manu sua abbatiam habebat emptam a Widone » (III, 49, p. 71.) Les comtes de Poitiers exerçaient pourtant sur le monastère les droits du souverain. Adémar de Chabannes rapporte qu'en i 1021, Guillaume le Grand, venu à Limoges pour faire élire et investir un évêque, entendit la messe à Saint-Martial « et juxta monasterium eo die regaliter hospitatus est» (III, 57, P- 183).

2. 6 : « dux Lotharingiae Fridericus, qui videns praedictam abbatiam terrae suae contiguam et a tutela regia longe remotam dominio suo, quod sibi facile fuit, eam subjugavit et dominium illud subtitulo defensionis ad posteros suos transmisit » ; (éd. Lesort, n).

3. La charte d'Alain est du 26 novembre d'une ann»e indéterminée, 906, suivant

24 l'usurpation source de la souveraineté

L'usurpation se poursuit d'ailleurs dans les régions mêmes où la royauté lutte pour la défense de ses droits. A Soissons, où les Carolingiens gardent Saint-Médard, les fils d'Herbert de Vermandois ont pour un temps saisi l'abbaye de Saint- Crépin ; celle de Notre-Dame resta aux mains du comte Albert. Cette abbaye qui, si souvent, avait eu pour abbesses des princesses de la maison carolingienne est tenue de lui et non du roi son époux par la reine Gerberge 1.

Les grands seigneurs ont usé souvent de violence aux dépens soit de la royauté, soit des libertés des établissements monastiques. Arnoul de Flandre entre en possession par la force du castrum d'Arras, c'est-à-dire du chef fortifié du monastère de Saint -Vaast 2. En 990, le vicomte de Béziers, Guillaume confesse qu'il a enlevé injustement et par violence le monastère de Saint -Thibéry dont il est maître en tout 3. Vers le même temps, le comte de Toulouse, Guillaume Taillefer adjuge à sa seigneurie le monastère de Beaulieu (suae potestati addixit) ; il l'inféode au comte de Périgord, qui le cède au vicomte de Comborn. Celui-ci disposait à son gré de Yabbatia du monastère, qu'il avait acquise, au rapport d'un moine réformiste, par le droit de la guerre 4. Vers 991, le fils du duc Conrad, Otton, à la faveur de la minorité d'Otton III, subjugue par la force des armes l'abbaye de Wissembourg 5.

la table chronologique des diplômes de Bréquigny. Cf. La Borderie, Hist. de Bretagne, III, 341.

Page 1