AVOUÉ ET SOUS-AVOUÉS
Plusieurs étages apparaissent dans l'avouerie entendue au sens nouveau de patronage. Tandis qu'un ou plusieurs petits seigneurs voisins du monastère exercent sur ses domaines la police armée et la lui font payer très cher, les moines reconnaissent comme avoué supérieur le grand seigneur du pays l. Les avoués d'ordre inférieur tiennent leur charge en fief soit de l'abbé du monastère, soit de l'avoué supérieur, à titre de sous-avoués, soit du roi 2. Là où le souverain local est assez fort pour exercer seul efficacement la protection des monastères soumis à son autorité, ils n'ont pas d'autres avoués que lui 3. C'est à ce titre que les rois, d'accord avec les religieux
Raimond Guillaume, le comte Roger et deux autres seigneurs « in quibus una nobiscum constabat abbatis electio » (308, col. 599-600).
1. Cf. Senn, L'instit. des avoueries ecclés., 115. Saint-Trond, au XIe siècle, a pour avoués les comtes de Duras et connue avoué supérieur le duc de Lorraine Frédéric, puis les comtes et ducs de Limbourg, enfin les ducs de Brabant (Leclère, Les avoués de Saint-Trond, 10, 58). A Marchiennes, en 1038, l'abbé s'est adressé au comte de Flandre, Baudouin, qui a accepté d'être l'avoué supérieur du monastère, inféodant l'avouerie à un avoué inférieur (Naz, L'avouerie de Vabbaye de Marchiennes, 20) . On ne saurait toujours déterminer de quel ordre est l'avouerie exercée par les maisons seigneuriales. Au Xe siècle, elles saisissent l'avouerie des établissements sis à leur portée et suivant les circonstances exercent l'avouerie supérieure ou inférieure, militaire ou judiciaire. Entre 941 et 960, dans un procès intenté devant le comte Hugues à Mâcon, le comte Leotald « proclamavit in advocationem sancti Vincentii una cum canonicis » (Ragut, Cart. S. Vincent, 156, p. 107). Ici il remplit l'office d'un avoué judiciaire devant le tribunal du grand seigneur. Mais d'autres notices du même temps signalent des plaintes portées cette fois par les chanoines devant le tribunal du comte Léotald qui exerce ainsi la juridiction d'un avoué supérieur (292, p. 173 ; 420, p. 242). Le comte d'Anjou, Geoffroi Grisegonelle s'est fait agréer par les religieuses de Sainte-Croix de Poitiers « pro defensione terrarum nostrarum in sua potestate sitarum et etiam in regali curia vel in locis caeteris, si quilibet nostris rébus aliquam inferret calumpniam legali judicio tueretur » (Charte de l'abbesse Hermengarde, c. 970, B. N., Coll. Moreau, X, 215). Il s'agit bien ici de l'avouerie judiciaire exercée pour la portion des biens du monastère sise en Anjou. Geoffroy s'est fait céder deux curtes et des redevances à percevoir sur les terres des religieuses au pays de Loudun « pro ipsarum tuitione sedum ». Aimery I, vicomte de Thouars, ■ se présente, le 26 avril 927, en qualité d'avoué de Saint-Maixent devant le tribunal d'Eble, comte de Poitiers (de Lasteyrie, Et. sur les comtes de Limoges, Pièces just., 9, P- 14).
2. Cf. Senn, 115. Le sous-avoué de Saint-Trond tient son office de l'avoué supérieur (Leclére, 10, 20) ; celui de Marchiennes du comte de Flandre (Naz, 20). Celui de Moyenmoutier (alter sub duce advocatus) n'est pas investi par l'avoué supérieur, duc de Haute Lorraine, mais par l'empereur (Dipl. d'Henri V, 1114, Calmet, H. Lorr., éd. 1758, pr. IV, 535 ; cf. Parisot, Les origines de la H. Lorr., 272). A Stavelot, le sous-avoué est choisi par le haut avoué mais reçoit le bannum du souverain, (Halkin, Roland, Recueil ch. Stavelot, Introd., VI).
%< Le duc de Normandie exerce seul au XIIe siècle l'avouerie de tous les monastèîès du duché (cf. Senn., 95) ; il en a probablement saisi le patronat dès l'origine. En Flandre et Hainaut, le comte est aussi l'avoué de plusieurs abbayes du pays (Pergameni, 57 ; Naz, L'avouerie de l'abbaye de Saint- Amand, 3). Saint- Amand, où l'avouerie D'est signalée qu'au XIIe siècle, a toutefois de nombreux petits avoués qui tiennent leur fief de l'abbé. Mais à titre de suzerains, les comtes de Flandre et de Hainaut interviennent pour protéger les moines contre leurs avoués, (Naz, 24-5). Albert de Verinandois, qui a restauré et réformé le monastère de Mont-Saint-Quentin, stipule qu'aucun de ses héritiers n'y pourra percevoir aucune redevance « causa consuetu-