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Abbayes aux mains des seigneurs

Dès le Xe siècle, on voit ainsi apparaître le noyau du groupe d'abbayes qui se fixent peu à peu aux mains des chefs des grandes maisons souveraines, en vertu soit des droits du fondateur, restaurateur ou réformateur, soit du titre bénéficiaire transformé peu à peu en droit de propriété, soit de l'usurpation violente ou pacifique, soit de la souveraineté, du patronage ou avouerie étendus sur l'abbaye, de l'attraction qu'exerce en place de l'autorité royale le pouvoir seigneurial sur les églises du pays l. En Normandie, les ducs sont seuls maîtres des monastères du pays, relevés ou fondés par eux 2. Les comtes de Flandre disposent de Saint-Bavon, Saint-Pierreau-mont-Blandin, Saint-Bertin, Saint-Amand et Saint-Vaast 3. Régnier au Long Col et Gilbert, ducs de Lorraine, ont en leur pouvoir Stavelot-Malmédy, Echternach, Saint-Servais de Maestricht, Saint-Maximin de Trêves et Saint-Ghislain 4. Régnier II, comte de Hainaut, frère de Gilbert, exerce sans doute avec lui autorité sur Saint-Ghislain. Sur ce monastère et sur celui de Crespin, les comtes de Hainaut jouiront désormais des droits souverains 5. Herbert de Vermandois et ses fils sont

dinis seu advocationis » (c. 980, H F, IX, 735). Il se désiste des profits pécuniaires attachés à l'avouerie.

1. M. F. Lot dressant le tableau des abbayes à la fin du Xe siècle (Et. sur Hugues Capet, App.XIV, 427-42) indique quel en est le propriétaire ou patron certain ou présumé. Cette liste complète les renseignements rapportés ci-dessous, où il n'est fait état que des données qui ont paru les plus sûres.

2. Guillaume I a relevé Jumièges et y a établi un abbé, à qui « locum cum tota villa tradidit» (Guillaume de Jumièges, Hist., III, 8, Migne, CXLIX, 807). Richard 1 a restauré Fécamp, le Mont Saint-Michel, Saint-Ouen de Rouen (Robert de Torigny, De immutat ordinis monach., 10, Migne, CCII, 1314). Fontenelle a été en son temps remis en état par l'abbé Mainard et sera reconstruit par Richard II (n, loc. cit.).

3. Cf. fasc. 2, p. 142 et plus haut, p. 19, n. 1 ; p. 21, n. 2 ; p. 24, n. 2.

4. On a vu (fasc. 2, p. 163) que Régnier est abbé laïque de Stavelot Malmédy, Echternach, Saint-Servais, Saint-Maximin. Son fils Gilbert a très probablement hérité de lui ces abbayes. Il a été certainement abbé de Stavelot-Malmédy (plus haut, p. 22, n. 1), de Saint-Maximin de Trêves (plus haut, p. 14, n. 4). Gilbert a cédé aussi en bénéfice à ses fidèles des biens de Saint-Ghislain (Mirac. s. Gisleni, 9, S S, XV. 583). C'est lui qui, de concert avec son frère Régnier II, comte de Hainaut, a fait réformer ce monastère (Vita Gerardi, 16, p. 666 ; cf. Sackur, I, 126-7) comme sans doute Stavelot (plus haut, p.22,n. 1) et Saint-Maximin (Sackur, I, 153, II, 179)-

5. On a vu n. précéd. que Régnier II coopère à la réforme de Saint-Ghislain. Les chartes du monastère signalent la domination qu'y exercent les comtes Arnoul et Godefroid qui dépossédèrent pendant quelques années du comté de Hainaut la

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