RESTITUTIONS PROMISES
eu reconstituant Saint-Maixent, n'attribuera à l'abbé et aux moines qu'une portion des biens du monastère 1.
Si l'on peut ajouter foi à un récit tendancieux qui, composé moins d'un demi siècle après l'événement, conserve au moins quelques notions exactes, sous l'épiscopat de l'évêque du Mans, Francon, Charlemagne se préoccupa de réparer la spoliation qu'il avait infligée lui-même à l'évêché. Son entourage lui conseillait de rendre la part des biens qui lui plairait et de remettre à plus tard le soin de compléter à sa guise cette restitution. Le roi fit des promesses pour l'avenir : chaque fois qu'un bénéficier mourra sans laisser d'enfants, les biens qu'il détient seront rendus à l'église. Francon lui demandait pour le présent divers domaines, entre autres quatre villae ; mais le roi ne voulait ou ne pouvait les rendre ; les hommes qu'il faudrait dépouiller doivent l'accompagner dans une expédition en Italie. Invité à lui présenter une autre requête, l'évêque l'aurait prié de restituer Saint-Calais à son église. Quoi qu'il en soit, celle-ci n'obtint qu'une petite part de ce qui lui avait été enlevé 2.
A en croire, il est vrai, l'historiographe de Saint-Wandrille, Charlemagne aurait ordonné de rendre aux religieux de ce monastère tout ce qui leur avait été dérobé injustement ; mais il est douteux qu'un dip]ôme royal ait ordonné une restitution intégrale des biens passés aux mains des vassaux du souverain ; il l'est plus encore qu'un tel ordre ait obtenu entière exécution 3. L'historien des évêques d'Auxerre raconte que Charlemagne promit de rendre les biens de cette église qu'occupaient ses fidèles, à mesure que leur décès rendrait ces biens disponibles. Au cours des deux années qui suivirent, presque tous les bénéficiers royaux moururent. L'évêché recouvra ainsi plusieurs abbayes et la plupart des domaines sécularisés 4. Le clerc auxerrois n'a pas osé affirmer que tout ait été exactement rendu.
Le renouvellement des sécularisations entraînait l'abandon du règlement définitif des créances. Il ne pouvait plus être question soit de rendre aux églises toute leur fortune, soit d'élargir la part qui leur en est faite, alors qu'on recommençait à la détourner aux usages des séculiers. S'il est vrai qu'en
i. io oct. 827 : « cum quadam portione renmi ad se pertinentium » (HF, vi, 553).
2. Actus pont. Cenom., 21, p. 272 et 273. L'historiographe insère un faux diplôme qui renferme la promesse faite par Charlemagne (p. 279-80).
3. Gesta abb. Font., 16 : L'abbé Gervoldus obtient un privilège «ut quicquid njuste ablatuni crat, in jure ac potestate ejusdem ecclesiae reciperet » {SS, II, 292).